LES CHRONIQUES DE JIJI

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7/Mécanique, Physique, Dynamique, des notions indispensables mais compliquées

Avant d’aborder, enfin, la technique de la monte spécifique à la course de plat, il nous reste encore un point à étudier: celui des lois qui régissent l’équilibre de l’ensemble cheval-jockey.
Durant ce chapitre, il nous va falloir aborder des sujets assez complexes et pour lesquels je vais essayer d’être le plus clair possible, ce qui est loin d’être évident.

a) Polygone de sustentation
D’abord, le polygone de sustentation : c’est la zone délimitée sur la terre par les différents appuis du corps. Chez l’homme ce sont les pieds ,chez le cheval, ses 4 membres ou leur projection sur le sol, lorsque l’un ou l’autre de ceux-ci ne reposent pas ensemble sur le sol.

b) Mobile en translation
A l’arrêt, les 4 pieds sont au sol. En mouvement, ils se déplacent dans le sens de la marche. Le cheval se déplace dans le sens parallèle à son corps, comme une voiture sur la route. C’est ce qu’on appelle des mobiles en translation. En dehors de la pesanteur qui les entraîne à coller au sol, ils vont obéir à des forces spécifiques qui interviennent sur leur comportement et leur vitesse.
Cette mécanique a bien sûr inspiré l’homme. Sur son modèle, il a créé toutes les inventions destinées à se déplacer : bicyclette, moto, voiture et même train : tous sont régis par les mêmes règles et soumis aux mêmes forces intérieures et extérieures. Selon les lois de la Physique, les corps du cheval, de l’humain mais aussi les inventions indiquées plus haut, ne peuvent tenir en équilibre que si le centre de gravité se trouve à la verticale à l’intérieur de ce fameux polygone. Vous me suivez ? Sinon, relisez de nouveau ou bien oubliez tout et attendez les chroniques suivantes…

c) Le centre de gravité
Le centre de gravité de ce corps est le point de concentration des forces qui lui permettent de rester en équilibre. Si la projection de ce point central sort des limites de ce polygone, c’est la chute obligatoire. C’est le phénomène qui se produit inexorablement à chaque chute, particulièrement dans le duo cheval-jockey ou cavalier, surtout quand le centre de gravité du jockey se désolidarise de l’ensemble cheval-jockey.
Pour réussir l’accord parfait, le jockey doit s’efforcer de faire coïncider le plus possible son propre centre de gravité, avec celui du cheval pour ne faire plus qu’un.

d) Energie cinétique, pesanteur et forces extérieures
En ligne droite, le cheval, comme tout mobile en translation, va être sujet à l’énergie cinétique : énergie fournie par un corps lorsqu’il se déplace. Il est fonction de la vitesse et de sa masse (fameuse formule : E = 1/2mv2). C’est cette énergie cinétique qui va provoquer l’élan, élan qui va continuer à pousser le cheval vers l’avant, jusqu’à ce qu’il s’arrête.
La pesanteur elle, est la force qui est exercée par la terre sur un corps. Cette force est appelée poids et est directement reliée à la pesanteur par sa masse. En un mot la masse du jockey va se traduire par un poids donné qui va varier en fonction de l’endroit où elle va s’exercer. C’est au centre de gravité du cheval qu’elle sera la plus faible voire même nulle, à cet endroit le déplacement du moindre gramme interviendra sur l’équilibre du duo
Dans les virages, il existe deux sortes de forces qui s’opposent :
La force centrifuge qui pousse le mobile vers l’extérieur du virage,
La force centripète que l’on va produire pour résister à la force centrifuge et obliger le mobile à rester sur la trajectoire circulaire.

e) Aérodynamique
La monte américaine initiée en France par Cash Asmussen, tout en hauteur sur les étriers, ajoute des forces extérieures nouvelles, dont il faut aussi tenir compte : la résistance et la portance de l’air.
L’atmosphère terrestre génère une force physique que l’on appelle résistance de l’air ou trainée. Elle tend à freiner le mouvement pour l’annuler. Cette résistance à l’air augmente comme le carré de la vitesse. Plus on va vite, plus elle est importante. D’où l’intérêt, à pleine vitesse, d’avoir une position aérodynamique et un leader. Les courses cyclistes et automobiles l’ont bien compris. Cette résistance va jouer sur la vitesse et l’accélération.
La portance de l’air, comme la précédente à laquelle elle s’oppose, est proportionnelle au carré de la vitesse mais également à la voilure développée, à l’angle d’attaque et enfin à la masse de l’air plus ou moins chaud, plus ou moins humide. Elle va jouer sur le poids porté par le cheval en mouvement : maximum par temps chaud et sec, faible par temps humide ou pluvieux où l’on ne voir guère voler de planeurs…
C’est donc l’ensemble de ces facteurs qui s’opposent, qu’il nous faudra prendre en compte pour optimiser la position du jockey dans mes chroniques à suivre.

f) Allongement et accélération
Dernier point que j’ai beaucoup de mal à faire comprendre à mes jockeys, c’est la différence entre allongement et accélération. Au réflexe, ils savent changer de vitesse en voiture pour retrouver la puissance qui leur permet d’accélérer. A cheval, c’est beaucoup plus compliqué.
L’accélération est dévoratrice d’énergie, il faut donc l’économiser.
L’allongement de la foulée permet de garder une vitesse maximum constante avec un minimum d’efforts, d’où économie d’énergie :à privilégier!

Nous avons donc ici l’ensemble des données que j’ai pu rassembler au cours de ces années: la connaissance de celles – ci va nous permettre d’optimiser le rôle du jockey pendant toute la durée de la course et au public d’apprécier les performances de leurs favoris.

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6 / UN PEU D’HISTOIRE AVANT LE DEVENIR JOCKEY

On ne sait pas exactement quand commence les courses dans le monde, mais on sait que cela a débuté il y a bien longtemps et l’on situe les premières en 776 avant JC au programme des jeux olympiques suivi de la construction du premier hippodrome à Rome en 600 avant JC.
Pour ma part je n’y étais pas. C’est l’Angleterre qui donne la tonalité moderne avec Jacques 1er et l’hippodrome de Newmarket autour de 1600. C’est encore elle qui crée race du pur-sang anglais à partir de la fin du 18ème siècle début du 19ème, avec les 3 étalons arabes chef de race: Bierley Turk, Darley Arabian et Goldophin Arabian. Le dernier ayant été offert à Louis XV par le Bey de Tunis avec sept autres étalons.
Le souverain en bon français connaissant peu les chevaux s’en était débarrassé et c’est derrière une tonne à eau à Paris qu’un anglais l’avait repéré et ramené en Angleterre, où il fit carrière d’étalon.
En retard de près d’un siècle, les courses organisées sous Louis XIV ne prirent de véritable place que sous Louis XVI.
On situe le premier hippodrome français en Normandie, près de la ville d’Exmes, donc non loin de l’actuel Haras du Pin.
C’est au retour des émigrés avec Napoléon III et son demi-frère Morny, créateur de Longchamp en 1857 et plus tard de la station de Deauville, qu’elles trouvent leur véritable essor. Les premiers jockeys, ainsi nommés par l’anglicisation du vieux mot français « jacquet » signifiant valet, et les entraineurs, surtout des anglais firent leur apparition en France.
On peut noter aussi la prolifération des hippodromes dans les régions où l’occupation anglaise s’était manifestée, Aquitaine, Normandie, Bretagne. Les autres provinces en sont beaucoup plus pauvres.
Cela explique sans doute la méconnaissance et la désaffection de la majorité des français pour l’équitation de sport ou de course pendant des années. L’appel de la main d’œuvre anglaise pour développer les courses françaises à leur début, que ce soient des entraineurs, lads ou jockeys en montre bien la pénurie.
Cela explique aussi le déficit en écrits concernant la technique du déroulement des courses, sujet qui nous occupe dans ces chroniques.
Entre anglais et Français la compréhension a toujours été délicate.
Toujours est- il, que maintenant grâce au savoir des anglais nous avons nos propres personnels: entraîneurs, jockeys, lads qui sont de plus en plus nombreux français. La filière du galop s’est organisée. Même les femmes y trouvent une place presque prépondérante.
Après avoir été exclusivement aux mains des entraineurs, l’apprentissage des futurs personnels est maintenant devenu la chasse gardée de l’AFASEC. Les entraîneurs subissant les règles de cet organisme, c’est là le véritable problème de la formation.
Aujourd’hui l’apprentissage commence à 16 ans et donne priorité aux études, et qui dit étude en 2016, donne ‘priorité’ à la pensée. L’alternance est à prédominance études, plus que cheval.
La difficulté c’est qu’en matière d’équitation, ce sont les réflexes qui interviennent.
Les contacts privilégiés avec le cheval passent donc par ceux-ci.
Toutes les actions du cheval en sont la conséquence. En quelques secondes il passe à autre chose, d’où l’obligation pour le cavalier ou le soigneur d’agir très vite.
La réflexion n’est pas de mise pour une réaction adéquate.
Par la pensée par contre, on peut étudier, prévoir, apprendre et réfléchir à toutes les données de l’équitation.
Qui dit équitation doit penser d’abord ‘Equilibre’.
Chez le cheval comme chez l’humain l’équilibre reste le maître mot. Cela doit impérativement servir de guide aux cavaliers.
Grâce aux capteurs situés dans le cerveau, les yeux rivés sur la ligne d’horizon nous maintiennent en équilibre. La vraie difficulté de l’équitation consiste à transposer son équilibre sur la terre, à celui sur le cheval.
Il faut s’habituer à modifier sa ligne de mire personnelle depuis la hauteur du cheval.
Et ce instantanément, par réflexe.
Les réflexes qui s’installent plus facilement de très bonne heure, sont bien plus compliqués à acquérir en avançant en âge. A 16 ans, c’est déjà très tard, presque trop tard.
La grande majorité des jockeys d’aujourd’hui à fait connaissance bien plus tôt avec les chevaux.
La plupart était proches des professionnels du cheval: un parent le plus souvent. Pour les autres les courses de poneys ont commencé dès l’âge de 9 – 10 ans.
Entrer en contact avec les chevaux à 16 ans et devenir bon jockey relèvent d’une mission presque impossible.
C’est seulement en organisant des stages de poneys de course et des courses nombreuses que l’on pourra combler les déficits et amener de jeunes garçons et filles à avoir un véritable avenir dans les métiers du cheval: du lad au maréchal ferrant en passant par le garçon de voyage, le convoyeur, la secrétaire d’entrainement, les responsables de l’organisation des courses, dans les haras et bien d’autres postes où le cheval serait omni présent.
Avant d’aborder enfin la technique proprement dite de la course il nous reste à étudier au travers de « physique et mécanique du cheval », l’essentiel de ce qu’il faut savoir sur l’équilibre et sa locomotion, pour pouvoir progresser dans la connaissance de cette difficile discipline.

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5 / MES RENCONTRES « JOCKEYS »

Si j’avais côtoyé quelques jockeys dans mon adolescence lointaine, je n’en avais vu que les côtés brillants et colorés. L’époque des Saint Martin, Poincelet, Doyasbère, Palmer et bien d’autres restait auréolé d’un parfum mystérieux venu des fastes de Deauville, Longchamps et même pour certains, Auteuil.
A la belle époque, les défilés des attelages dans le bois de Boulogne, le jour des drags a succédé l’ère du tiercé. Très gros rapport d’argent pour le milieu des courses mais aussi apparition des premières ‘ affaires’.
Ce n’est véritablement qu’avec la détermination de mon fils Mathieu à devenir jockey que, comme je vous l’ai déjà dit, je me suis intéressé à la monte en course. Lorsque j’avais commencé à monter timidement en course, venant du monde équestre, j’avais bien reçu quelques conseils de professionnels comme Doyasbère ou Poincelet lors de mes passages à leur siège matinal ‘Le Bistrot’ Derby à Lamorlaye. Cela c’était rapidement conclu, pas le fameux » tu verras, c’est en course que l’on apprend ». Je n’ai jamais eu le temps d’en apprendre assez.
Mon éveil à la course, à cause de mon fils, fut très difficile.
J’avais mis mes deux fils à cheval comme école de vie. Partager son temps avec un cheval, c’est déjà l’apprentissage de l’autre et de la vie en société. Toute une philosophie! Jamais je n’aurais pensé qu’ils en feraient tous les deux leur métier.
C’est à Cagnes lors de vacances d’hiver, qu’en plein milieu du meeting d’obstacles, Mathieu inquiet pour son poids, déjà très conséquent pour un apprenti de 15 ans ‘une cinquantaine de kilo’ m’annonce qu’il voulait devenir jockey en Belgique où l’âge requis était de 14 ans contre 16 ans en France.
Ce fut pour lui, le début d’une longue lutte contre le poids. Lutte qu’il perdit après une dizaine d’années plus tard ponctué de nombreux succès. Cela le dirigea vers l’entrainement, avec la réussite que l’on connait.
L’aîné Cédric, amateur, lui était passé par la case Gentleman et c’est pendant son service militaire à la garde républicaine qu’il mûrit l’ idée de devenir lui aussi entraineur.
Toutes ces digressions pour vous dire que j’étais bien forcé de m’intéresser à la monte de mes jockeys, J’avais bien l’idée de ce que je voulais, mais à l’instar du monde des courses je fonctionnais à l’instinct. Sans doute comme les chevaux .
C’est lors d’un championnat de jeunes jockeys au Japon où j’avais accompagné Mathieu qui représentait la Belgique, que j’ai eu la chance d’observer un panel de jeunes jockeys en devenir. C’est là que j’ai pu découvrir deux futurs cracks dont l’un que j’avais qualifié dans ‘Paris Turf’ à mon retour de « jockey de l’an 2000″, Lanfranco Dettori gagnant du challenge, mais aussi Richard Hugues 2ème. Mathieu n’étant pas en reste, finit 3ème.
Pourtant les choses avaient failli mal tourner pour Dettori, le bel italien représentant l’Angleterre. Pour un peu, sa carrière avait bien fini s’arrêter là, mécontent je crois, du tirage au sort de ses montes dans les places à la corde. En montant au fond du car de retour à Tokyo, il n’avait pas hésité à le faire comprendre aux dignitaires nippons au garde à vous sur le perron de la réception. Devant les carreaux arrière du bus, il leur avait montré un postérieur très dénudé en guise de mécontentement. Inutile de vous dire que la stupeur du staff avait failli provoquer la suspension de sa licence et retour direct. Heureusement pour la suite, cela se transforma en une belle amende. La chance avait bien servi ses qualités extraordinaires et lui avait permis de terminer devant son compatriote et Mathieu.
Comme avait dit Marcel Boussac ou peut être un autre gentleman  » Je préfère un mauvais jockey qui a de la chance qu’un bon qui n’en a pas ». A tout prendre, pour ma part, je préfère un bon jockey qui a de la chance.
Au cours des années qui ont suivi, j’ai pu observer les meilleurs mais aussi les moins bons. Et surtout j’ai pu tester sur le vif toutes les idées et comprendre, en les mettant en pratique, les bonnes comme les mauvaises.
La télé des courses avait fait son apparition sur le « Paf » et permettait toutes les observations.
J’ai vu arriver Cash Asmussen et sa monte à l’américaine, imité par la suite par Christophe Soumillon et la plupart des autres, j’ai vu Freddy Head lancer la mode des étriers ronds, j’ai vu les jockeys déboucher les oreilles pour le sprint final, j’ai vu comptabiliser les coups de cravaches causant la confusion entre réflexe équestre et pensée de caissier, j’ai vu la suppression des éperons, la réglementation des œillères, toutes sortes de règlements, d’interdits. Mais jamais d’idée, de méthode, où le sens du cheval primerait, comme si toute l’institution des courses, dirigeants ou exécutants, en passant par les commissaires, se mettait à l’écart du monde de l’équitation, pour se préserver de la présence encombrante du cheval et la remplacer par celle du jeu trop longtemps décrié par notre éducation judéo – chrétienne.
Les éleveurs, pas tous, mais ceux qui se prennent pour Dieu lorsqu’ils ont eu la chance de faire naitre un crack, ont repris le pouvoir. En empêchant la divulgation de la connaissance par le biais des institutions, ils maintiennent les professionnels à l’état de soumission.
Les jockeys et les entraineurs ne seraient que les faire valoir de leur ‘création’, en aucun cas les responsables des exploits de leurs élèves.
Alors pourquoi leur permettre d’acquérir des connaissances?
Malheureusement pour eux les temps changent et sans véritables professionnels compétents y compris dans les médias, le monde des courses va rapidement se rétrécir comme peau de chagrin et les éleveurs aussi en seront les victimes. Faire que les courses deviennent de nouveau une branche de l’art équestre, avec une méthodologie, me semble la seule issue possible.
C’est pourquoi je m’efforcerais dans mes chroniques suivantes d’aider à percer le mystère de la monte de course, et peut être même aussi celui de la magie du spectacle des courses à faire partager à tous.

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4 / LE CHEF DE TROUPEAU

Comme nous l’avons vu précédemment, les chevaux doivent leur survie et leur multiplication à l’organisation du groupe et à leur sens du « salut dans la fuite ».
Dans ce système découlant de leur instinct de survie, il est évident que l’élément de base reste le gardien, le chef de troupeau.
Bien sûr, comme il n’existe à ma connaissance aucune étude scientifique prenant en compte ces paramètres, c’est sur mon expérience personnelle que je m’appuie.
Lorsqu’on observe un ensemble de chevaux dans les prés, force est de constater qu’à la moindre alerte sérieuse c’est le mâle dominant broutant derrière le troupeau qui sonne le départ. C’est bien lui le chef.
Dans le galop les plus jeunes mâles en devenir sont devant les autres biens groupés, pour une fuite très organisée, dans une course d’environ 400 m.
Et soudain le fameux mâle dominant, double le troupeau à pleine vitesse puis ralentit, marquant la fin de l’alerte et le retour DU repas.
Cela se constate surtout lorsque les mâles et les femelles n’ont pas été encore séparé par les hommes pour éviter les discordes et les amitiés naissantes.
Par la suite dans leurs boxes, ces réflexes se mettent en sommeil. Contrairement aux idées reçues, le cheval se sent bien dans son box. Isolé des contraintes de l’extérieur il n’a plus la crainte des prédateurs, ses 10 à 16 m carrés le rassurent, il est chez lui à l’abri.
Attention aux « emmerdeurs » le box est son royaume. Mais attention aussi à l’extérieur car la nature revient « au galop ».
Nous avons là toutes les données du déroulement des courses, courses qui ne sont en fait que le reflet du comportement du cheval dans la nature.
La fameuse formule « amélioration de la race chevaline » par la course, donne la véritable justification de la mainmise de l’homme sur le mode de sélection dans les races de chevaux.
Pourtant la nature s’en était chargée avec bonheur depuis des siècles. Le fameux « struggle for life ».
Ces observations nous conduisent tout droit à quelques réflexions.
Nous avons ici toutes les explications d’un parcours de course et leurs implications.
Le mâle dominant est donc celui qui a la plus fulgurante accélération puisqu’il est capable de doubler le groupe lancé à pleine vitesse. C’est celui-là qui sera le meilleur étalon améliorateur de la race, celui qui venant de l’arrière doublera ses concurrents à l’extérieur et non pas celui qui aura gagné la course par surprise, même la plus prestigieuse, grâce à un jockey opportuniste, en prenant des longueurs a un peloton attentiste dans la ligne droite finale.
En effet, on ne refait pas 3 longueurs sur 350 m de sprint dans un groupe homogène.
Je me souviens d’avoir fait la visite d’un haras avec son éleveur, riche mais un peu ‘nouveau’, à bord d’une Jeep vu la grandeur de son territoire. Son plaisir était de faire galoper l’ensemble de ses poulains autour du pré.
Après 3 tours à pleine vitesse, il m’expliqua que celui qui avait gardé la tête sur tout le parcours serait le meilleur de ses chevaux. Celui-ci s’avéra par la suite un excellent cheval d’obstacle. Les autres, habitués à courir en groupe avec un leader, furent très honnêtes en plat, mais aucun phénomène cette année-là.
Un autre éleveur très bon vendeur, fabriquait de faux mâles dominants. Formant des duos, il sacrifiait l’un d’entre eux pour en faire un vassal. L’autre, d’illustre famille, devenait le mâle dominant jusqu’à leur séparation, mais provisoirement.
Malgré ce procédé, sa carrière était rarement à la hauteur de son ascendance.
Il semble donc évident que pour devenir un grand entraineur, il faille mieux pouvoir exploiter les vrais chefs de troupeau, et ce le plus tôt possible comme l’a mis en place feu le Président Lagardère en multipliant les courses de 2 ans, bien sûr au détriment et la longévité de carrière.
N’étant pas ici à cheval, agissant comme eux aux réflexes pour réagir à l’instant, prenons le temps de nous asseoir un moment pour réfléchir.
Cette énergie dont nous avons besoin pour rester en équilibre en alimentant nos capteurs cérébraux va nous servir à réfléchir, c’est la même.
Le vrai cheval de course, c’est donc celui qui à la meilleure accélération.
Il faudra donc s’adresser aux éleveurs ou auprès des responsables des haras, pour savoir. Si celui-ci n’est pas au fait de ces données c’est très compliqué.
S’il l’est, ce n’est pas simple non plus, car comment vendre les autres.
Il n’y aurait plus ni surprises ni espoirs. Heureusement aussi il y a les aléas de la vie, et les révélations tardives. C’est cela aussi la beauté et l’intérêt des courses.

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3/ UN PEU DE PSYCHOLOGIE

A la ville comme à la campagne, on entend souvent dire que le cheval n’est pas un animal intelligent.
Pendant des années j’ai cru ce que me disait « les grands » qui eux connaissaient.
En ville à l’époque où les chevaux circulaient encore à Neuilly et Saint Germain, eh oui, je suis parisien d’origine, les chevaux faisaient toujours un écart devant les poubelles, les grands y voyaient la preuve de leur manque d’intelligence car ce même cheval faisait aussi un écart au même endroit le lendemain, jour sans poubelle.
C’était oublier l’odorat beaucoup plus développé de son compagnon. L’odeur des poubelles trop discrète pour les humains, le tenait en éveil même en leur absence.
A la campagne, beaucoup de paysans voient l’âne beaucoup plus intelligent que le cheval, qualifié d’animal très bête, même plus que les vaches, puisqu’il n’hésitait pas à galoper a travers des barbelés comme dans le film « Cheval de guerre » . C’était négliger la vue du cheval, qui en plein galop ne peut manifestement pas distinguer les fils.
Mettez un fil de couleur et même un peu de courant, et vous verrez toute la différence.
Pour établir le dialogue rien de plus simple, il faut apprendre le « parler cheval ».
Traiter un étranger d’idiot parce qu’on ne connait pas sa langue et que l’on n’établit pas le dialogue est un raccourci quelque peu sommaire.
J’ai mis des années avant de le comprendre et d’en apprendre les rudiments.
Le cheval lui, va beaucoup plus vite et il ne lui faut que quelques secondes pour savoir ce qu’il doit faire pour survivre.
« Survivre » est depuis son apparition sur terre, le maître mot de son existence. Pour cela il a une arme fatale, sa facilité à se déplacer.
Arrivé sur terre bien des milliers d’années avant que les humains ne se dressent sur leurs pattes arrière, il était pratiquement dans sa forme actuelle avec 4 membres véloces. Depuis il n’a cessé de se développer, de se multiplier et de s’adapter.
Grâce à son odorat et son ouïe très fine qui décèle les ultras sons, son sens de l’organisation du groupe et surtout sa vitesse et, il a su faire « fuite » à tous les dangers.
On dit que dans une interview d’un des plus grands entraineurs français de tous les temps, peut être le meilleur, François MATHET avait déclaré qu’il ne savait pas pourquoi un cheval de course galopait. Plaisanterie ou pas, il n’est pas étonnant qu’un ancien capitaine de l’armée française ait eu du mal à admettre que « l’attaque » n’était pas forcément meilleur moyen de survivre.
Pour les chevaux c’est capital. C’est dans leur gènes, même élevés dans le coton des haras, dès la première alerte, un bruit, une odeur suspecte, ils prennent le galop pour sauver leur peau, pour échapper au prédateur potentiel. Il y à 400 mètres à parcourir le plus rapidement possible pour se mettre à l’abri de leur ennemi.
Les plus véloces d’entre eux qui dépassent les 60 km / h n’ont que ces 400m de sprint.
Passé cette distance, le groupe est sauvé d’où l’intérêt d’un prompt départ.
Sinon malheur aux retardataires, aux blessés, aux vieux ou aux plus jeunes.
L’un d’entre eux servira de festin. C’est la dure loi de la nature.
Les chevaux ont aussi un autre atout: celui qui leur permet de se multiplier dans tous les lieux où ils sont apparus au cours des siècles. C’est leur fantastique sens du groupe, de la famille même, plutôt que du troupeau.
A l’intérieur de ce groupe l’ordre est assuré par une matrone, vieille jument à la dent dure et à la botte facile, armes dont elle se sert fréquemment pour faire régner l’ordre, policer les jeunes mâles et éloigner les importuns.
Avec elle pas d’intrus et priorité aux plus faibles pour manger.
Les perturbateurs peuvent attendre, éloignés à coups de dents et de sabots s’il le faut.
Et puis il y a le mâle dominant. Défenseur du troupeau, il se tient le plus souvent très en retrait, face au vent, toujours aux aguets, prêt à démarrera la moindre odeur ou bruit suspect.
L’appel de langue aide bien connue des cavaliers, n’est que la réplique du bruit d’une branche brisée par le passage d’un prédateur
Pour compléter le tableau il reste les prédateurs moins rapides, mais qui chassent en meute et mordent aux flancs, comme les loups.
Les chevaux ont appris à les éviter en prolongeant leur galop et en étant capables de refaire un sprint pour terminer le parcours, avant de se remettre à manger. Ce qui reste pour eux la principale préoccupation de leur existence.
Evidemment comme tous les athlètes, les chevaux s’entrainent dans les prairies entre 2 bouchées d’herbe, n’hésitent pas à partir au grand galop au moindre bruit, histoire de voir qui est le plus véloce et entretenir leur forme physique, sans jockey ils se passent d’entraineur.
Tout ce processus, n’avait bien sûr pas échappé aux premiers fondateurs des courses, et ce sont tous ces paramètres qui leurs ont permis de mettre en place l’organisation des courses que nous avons aujourd’hui.
Les courses restent l’expression la plus naturelle du comportement du cheval dans la nature.
Il n’y a qu’une chose qui change: mettre une charge sur son dos modifie complètement les données du galop. Il faut y prendre garde et en établir avec soin les conséquences, c’est l’essence même de l’entrainement du galopeur avec l’aide des jockeys et des cavaliers d’entraînement.
C’est ce que nous vous efforcerons de déterminer au cours des prochaines semaines.

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