LES CHRONIQUES DE JiJi

jj boutin

14 / La course et ses différentes séquences

IV – La ligne droite finale

C’est le moment de penser à la victoire. L’instant où tout va se jouer, si l’on a encore du ‘gaz’. Le jockey sait où se trouve le poteau pas le cheval. Dans cette phase le rôle de l’homme est primordial. Mon dicton favori ‘Tendre et attendre’ prend tout son sens. Un autre de mes jockeys préférés, extrêmement doué mais fantasque, Eddy Delbarba l’avait complété par ‘pour surprendre’. Lui aussi m’a surpris. Après de beaux succès surtout dans le sud – ouest, où j’avais émigré quelques années, son sens de la liberté l’a éloigné d’une carrière qui s’avérait brillante, un vrai gâchis ! Nul doute que le travail nécessaire pour transformer ses dons en talent lui a semblé insurmontable.
C’est aussi le moment de choisir sa place.
Si on fait le parcours à l’intérieur, on vise bien sa ligne: soit entre les chevaux pour stimuler un cheval pas très courageux, soit à l’extérieur pour ceux qui aiment prendre leur jour pour attaquer. On n’oublie pas que les chevaux ne sautent jamais sur leurs congénères pour tenter de passer. Quant à ceux qui ont fait leur parcours à l’extérieur, impensable de les remettre derrière un autre, au début de la ligne droite. C’est leur expliquer que la course se termine là et leur rappeler que dans la nature, leur sort est définitivement scellé par le prédateur, pas le meilleur moyen pour soigner leur moral.
Sortant du virage, le cheval se rééquilibre. C’est le moment de cadencer son partenaire, tout en gardant sa place.
L’énergie cinétique donne sa pleine poussée, le cheval se retend, pas de changement de ligne brutale. L’énergie cinétique serait perdue et les articulations souffriraient. Le jockey fixe la ligne d’horizon pour son équilibre mais aussi pour prendre sa ligne et ne pas buter sur un adversaire placé devant lui. Quelques reprises de rênes éventuelles pour tendre son cheval au maximum et on attaque. Entre 300 et 400 m c’est l’idéal. Trop de jockeys préjugent de leurs forces et de celles de leur cheval. Les 100 derniers mètres s’effectuant alors en rampant. On accélère avant d’allonger (l’inverse n’est pas possible). La foulée raccourcie donne sa pleine puissance au démarrage puis s’allonge au maximum. Passés les 200 m, pas de reprises de rênes, qui, peut-être rééquilibreraient le cheval avant de repartir, mais permettraient surtout aux adversaires en plein allongement de doubler victorieusement pendant ce temps de raccourcissement de la foulée.
A 300 ou 400 m le jockey se met à pousser au bon rythme (Le galop du cheval est bien une valse à trois temps), mais avec les mains bien posées à la base de l’encolure en accompagnant le mouvement de la tête qui va et vient, à chaque foulée. On amplifie le mouvement des foulées par le balancement du corps en pliant les genoux vers l’avant en cadence. Le bassin affleure le pommeau à chaque foulée, à la limite de s’asseoir mais surtout pas en retombant lourdement dans la selle, en écrasant le dos du cheval. Les plus habiles pourront même en s’asseyant un instant, tourner leurs talons en écartant les pointes de pieds pour comprimer le passage du nerf pneumo gastrique. La poussée qui s’ensuit économise dans la discrétion plusieurs coups de cravache et confortent la beauté du spectacle proposé. La cravache n’est là que pour abaisser les hanches et allonger les foulées toujours en cadence, dans l’élégance et la sobriété. Pas besoin de compter les coups, de cette manière on reste en deçà des sept coups maxi. Les réflexes sont sobres et mesurés. La victoire en est la récompense.
Pour les autres moins performants, doubler un concurrent au passage du poteau en caressant l’encolure, leur donnera l’assurance de ne pas servir de pitance aux prédateurs supposés. Rassuré sur son propre sort, son moral retrouvé ses performances s’en ressentiront pour une prochaine apparition. Le public ne sera que plus heureux du spectacle proposé.
Se relever à 200 m du poteau (condamné par le code) conduiront peu à peu le cheval à la démission et à la fin de sa combativité. Comme l’homme, le cheval est autant capable de fierté que de démoralisation. Il faut penser au mental de sa monture mais aussi au regard du public et des parieurs.
Pour le public, c’est l’assurance de la beauté et de l’humanité du spectacle qu’il vient de vivre, sans doute aussi l’envie de revenir, pour encore vibrer à ce spectacle.
Pour le jockey, l’assurance de n’avoir pas perdu son temps et l’espérance de récolter un jour, le fruit de son travail support de sa passion. Pour moi, l’espoir d’avoir participé à la pérennité des courses.
En dessellant un dernier coup d’œil à sa monture: si elle fait mine de brouter l’herbe du rond, elle n’a pas puisé dans ses réserves. Le noter pour la prochaine fois. Elle peut recourir rapidement, et puis tant que l’on y est, pourquoi ne pas demander au lad jockey si elle s’est jetée sur le seau d’eau en rentrant signe d’une course éprouvante.
Des détails que l’on pourra noter sur un carnet en rentrant à la maison pour conserver en mémoire les caractéristiques de ses montes en vue d’une prochaine collaboration.
Pour le cheval le travail est terminé il rentre à l’écurie, pour le jockey il continue encore, il lui faudra trouver le temps sur le chemin du retour ou en rentrant à la maison, de regarder son parcours à la télévision. Même vainqueur il lui faudra assurer sa propre critique: le secret pour progresser vers les sommets.

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14 / La course et ses différentes séquences

III – Les virages

Au bout des lignes droites se profilent les virages. Il faut les aborder sur le bon pied: le pied intérieur.
Dans la nature, le cheval poursuivi par un prédateur venu de derrière, galope en ligne droite: il a rarement besoin de tourner. Rien de brusque, seule la proximité d’un obstacle ou l’odeur d’une meute de prédateurs fera changer de direction le troupeau.
En guettant l’extérieur avec la tête, le cheval s’équilibre à l’aide de la jambe extérieure, jambe sur laquelle il galope à ce moment.
Avec le poids du cavalier les données changent, l’incurvation de la masse cheval – cavalier suit le virage. L’appui sur le pied intérieur est le plus apte à contrebalancer la force centrifuge qui a tendance à l’entraîner à l’extérieur: Cause de perte d’équilibre sur un terrain glissant, une bonne raison de prendre le bon pied, le pied intérieur. (On dit qu’on galope sur le pied qui est le plus en avant)
Une autre mauvaise habitude, c’est celle de reprendre sa monture en tournant, cela a pour effet de réduire le polygone de sustentation (voir chronique Mécanique et physique), ce qui rend la masse plus mobile mais beaucoup moins stable et plus sujette aux forces extérieures.
Dans un virage au contraire il faut allonger la foulée pour augmenter ce polygone et donc la stabilité.
Au petit galop, on tourne avec une rêne d’ouverture, en course il faut l’éviter et se servir de ses appuis. C’est en reportant son poids sur l’étrier intérieur que le cheval tournera le plus facilement en serrant la corde sans le moindre risque. Dans la plupart des cas c’est le jockey qui ne tourne pas, non le cheval.
Certains se penchent pour tourner: dans ce mouvement, la tête et l’épaule du cavalier pèsent vers l’intérieur, mais dans le même temps les fessiers s’échappent vers l’extérieur du virage. Comme les fesses sont plus lourdes que la tête, les lois d’équilibre y perdent leur « cheval » et l’effet s’inverse.
Avec une charge pour assurer sa stabilité et éviter les glissades, il lui faut prendre la jambe intérieure. A l’abord du virage le jockey peut se rassoir dans la selle en pliant les genoux vers l’avant pour changer de pied et allonger la foulée, allongement qui assure plus de stabilité en augmentant le polygone de sustentation.
Reprendre, réduit ce polygone et dans un virage, livre le cheval à l’augmentation des forces extérieures, centrifuges et énergie cinétique.
Pour contrôler la force centrifuge, il faut créer une force centripète en appuyant son poids sur le pied intérieur (soulever légèrement le pied extérieur). Cela permet de contrôler le tournant sans effort, et surtout en épousant sa courbe sans dévier de la trajectoire, déviation qui perturberait le peloton.
Si on n’a pas pu prendre sa place à l’intérieur du groupe, on peut se retrouver à l’extérieur.
En 5éme épaisseur sur un petit hippodrome, le cheval va parcourir une dizaine de mètres de plus qu’à la corde.
Sur un grand hippodrome, une bonne vingtaine.
En allongeant la foulée et en ne doublant personne, cela n’aura guère d’importance, surtout si le terrain est fatigué à la corde.
Doubler à pleine vitesse en accélérant, frise l’inconscience.
A moins d’être déclassé, la ligne droite finale sonne le glas de vos espérances.
Rien de plus insupportable pour le spectateur impuissant que d’assister à un tel spectacle. Surtout qu’après la course vient le sempiternel « Ah ! Monsieur, si je l’avais connu ». Bien sûr on voit parfois un miracle se produire avec un cheval déclassé, mais c’est plutôt Lourdes ou Lisieux qui en sont le théâtre, rarement une piste de course.
Pour s’en souvenir, penser à l’autoroute. Au volant vous doublez facilement une voiture roulant à votre vitesse en prenant l’intérieur d’un virage.
En épaisseur, on se contente de garder sa place en allongeant la foulée pour augmenter sa vitesse sans efforts supplémentaires et l’on attend la sortie du virage pour agir.
La sortie du virage, est aussi à soigner, en gardant sa ligne pour ne pas gêner les autres.
On veut rester à l’intérieur, on continu la pression sur le pied intérieur jusqu’au moment où le cheval est rééquilibré dans la ligne droite.
On veut aller vers l’extérieur, on change l’appui de ses étriers en portant le poids sur l’étrier extérieur. Le cheval soulagé reprendra lui aussi le pied extérieur avant de se rééquilibrer au milieu de la piste ou à l’extérieur prêt à aborder au mieux la ligne droite finale.
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14 / La course et ses différentes séquences

II Mise en selle, canter d’essai et boites

La mise en selle
« A cheval » les mots résonnent encore, que déjà l’entraineur d’une poussée met son jockey à cheval. C’est encore un moment primordial. Pour beaucoup, il est devenu banal.
Pourtant c’est dans cet instant que le cheval va admettre ou non son cavalier comme guide référant, le chef de troupeau en somme, ou même ‘Le pilote dans l’avion’ à qui on doit faire confiance sans se poser de questions.
A sa façon de se positionner sur la selle, de prendre ses rênes, de placer ses jambes et de lui communiquer ses ordres, en une fraction de seconde, le cheval lui accorde ou non sa confiance.
Il sera bien temps, après le canter d’essai de vérifier ses sangles, ses étriers, ou même faire un nœud à ses rênes. A ce propos on peut se demander l’intérêt d’avoir en course de plat, des rênes aussi longues pour en réduire immédiatement la longueur avec un nœud qui ne sera défait qu’une fois le cheval dessellé.
La peur d’avoir le pied coincé dans le flot des rênes en est sans doute la raison. En course d’obstacles et en équitation de sport une telle longueur de rênes permet la liberté d’encolure dans les cas difficiles, et un nœud aux rênes l’empêcherait.
Aujourd’hui les rênes de courses de plat ne servent qu’à cet usage unique, réduire leur longueur pour éviter la peine et surtout le temps de faire un nœud me semble des plus raisonnables.
Accompagné vers la piste par son lad, le cheval commence par comprendre ce qui l’attend.
Attentif, ou parfois nerveux, le jockey en a déjà pris les commandes en montant; l’entrée en piste n’est donc pas encore l’aventure. Avec l’aide du lad jockey tout se passe pour le mieux.

Le Canter d’essai
Le galop d’essai ou canter porte bien son nom, le jockey a quelques brefs instants pour faire la connaissance de sa monture.
Partir au petit galop va lui permettre de tester le niveau de dressage de son cheval: réagit-il au « Oh,oh » prononcé avec douceur, au buste reculé du jockey faisant porter son poids vers l’arrière main, à la caresse de la main, à l’ appel de langue ou à un léger coup de cravache sur l’encolure. Accélère-t-il éperdument ou se ramasse t’il sous lui en abaissant les hanches, prêt à bondir ou bien reste il sourd à toutes sollicitations?
Autant d’indications qui seront bien utiles pendant la course, où tout se joue en une fraction de seconde. En se dirigeant au pas tranquillement vers les boites, et en attendant son tour d’y rentrer, c’est tout cela qu’il faut enregistrer en respirant à pleins poumons pour emmagasiner le maximum d’oxygène nécessaire aux 2 minutes intenses de la course. 4 à 5 respirations à fond pour vider et remplir les poumons d’air frais sont nécessaires, c’est aussi le moment de vérifier ses étrivières, ses sangles et éventuellement faire un nœud aux rênes. Le stress provoqué par la rentrée dans les boites s’estompe et le cheval le ressent. Laissons le faire, un départ fulgurant c’est dans ses gênes.

L’entrée dans les boites
Les hommes des boites, tireurs et pousseurs entrent en action.
Le cheval détendu les suit sans contrainte, d’autres plus inquiets se confient à leurs soins.
Bien posé sur sa selle, le jockey attend confiant. Il rassure et prépare son cheval tout en respirant à fond pour chasser le stress et mettre en confiance sa monture qui connait la suite. Les pieds biens posés sur ses étriers, les rênes légèrement détendues, un doigt dans le collier ou une poignée de crins dans la main. Sans contrainte pour la bouche : intense moment.
Seuls les jockeys très confirmés peuvent tendre leur cheval dans les boites, sortir en souplesse et se relever tout de suite sans sprinter pour prendre leur place.
Pour les autres les rênes détendues, rester assis quelques foulées, sans accélérer en allongeant la foulée, se permettant même un appel de langue, c’est l’assurance d’un spectacle prenant qui va faire vibrer le public.

La sortie des boites
Les portes s’ouvrent, les chevaux jaillissent. A peine sortis des boites, il faut prendre sa place.
Une dizaine de foulée en allongement maximum sans sprinter, les rênes longues, les fesses encore près de la selle pour ne pas changer l’équilibre cheval – cavalier pendant la recherche de sa place. Et c’est l’accalmie avant un nouveau changement de rythme.
Plusieurs entraineurs guignent les places près de la tête au grand dam des jockeys.
Celles – ci semblent les meilleures, bien protégés des forces extérieures par le rempart des autres concurrents. Mais elles sont difficiles à occuper car beaucoup les convoitent.
La zone aveugle entre les deux yeux (les yeux du cheval sont situés sur le côté de la tête et balaient 340°mais laisse 20 ° au centre non voyant) calée dans la queue du précédant assure la sérénité de leur parcours. Reste au jockey à entretenir la vigilance de sa monture pour l’avoir constamment devant lui: en éveil, les oreilles bien droites, à l’écoute des ordres à venir.
Pendant les deux minutes de la course il doit rester tonique, les muscles en alerte, prêt à bondir au moindre signal et à résister à toutes les forces extérieures mais en plus bien posé tranquillement sur la main. A son cavalier de le maintenir en alerte pendant que les autres essaient de choisir leur place en restant en ligne les 200 premiers mètres sous peine de sanctions des commissaires. L’expérience du jockey assure le reste. La place à la corde intervient surtout si le tournant est proche du départ. .

Une fois sa place prise, l’important c’est d’économiser l’énergie tout en gardant ce rang, donc allonger la foulée en cas de besoin pour couvrir plus de terrain avec le même effort. C’est primordial.
La première ligne droite avalée, comme le seront les autres dans le parcours, le cheval bien en équilibre, les conditions sont réunies pour bien aborder les virages.

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14 / La course et ses différentes séquences

Mes chroniques précédentes s’adressaient surtout à ceux qui s’intéressent aux chevaux de course et leurs motivations. Maintenant que vous les avez lues, oubliez les et rangez les dans les tiroirs de la mémoire. Elles en ressortiront aux moments voulus, mais n’altéreront pas la faculté d’apprendre.
Les prochaines s’adressent surtout à ceux qui veulent apprendre pour savoir. Savoir pour monter, savoir pour juger et même savoir pour regarder le spectacle sur l’hippodrome ou à la télévision d’un oeil curieux et même critique.

• Reconnaissance du parcours, balances et rond de présentation
Maintenant que nous allons pénétrer dans le coeur des opérations, oubliez tout pour apprendre les phases essentielles.
La course, pour le cheval, c’est l’instinct retrouvé, l’appel intact de ses origines, un moment de vraie liberté. Terminée la sécurité du boxe, terminées les contraintes de l’entrainement, enfin le retour aux sources !
Avec l’aide de son jockey, collaborateur d’un instant, il va s’exprimer dans le troupeau de son enfance retrouvée. Même si, avec l’habitude, il devine peu à peu que les prédateurs ne sont plus de la partie, il continuera de s’en méfier et son galop reprendra dès la sortie des boites, avec pour seul guide un jockey qui l’aura rassuré. Comme un passager résolument confiant dans le pilote lors d’un voyage en avion.
Comme le spectateur, comme le parieur, comme le jockey, comme les commissaires, laissons notre intelligence de côté un moment, pour apprécier sans réserve ces instants magiques…

• Le tour à pied
Pour le jockey, tout commence avec la reconnaissance du parcours.
S’il peut encore arriver sur place de bonne heure, avec toutes ces réunions qui s’entrecroisent, il lui faut faire le tour à pied. Le citadin qu’il est devenu a besoin de ressentir la terre sous ses pieds. Le toucher pédestre, le profil de la piste, lui en apprendra bien plus que l’indice du pénétromètre qui mesure l’état du terrain par endroits. Même s’il connait les lieux, chaque jour, chaque saison, chaque réunion apportent leurs changements. Au moment de la sortie sur la piste, il saura déjà où il ne faut pas passer, les endroits difficiles il faudra se rabaisser sur la selle pour minimiser les efforts pervers (terrain et forces extérieures), les trous, les endroits hachés – tout ce qu’il saura indiquer à sa monture, au moment précis et non au hasard de l’instant. Et surtout lui permettre de fonctionner au réflexe. La pensée pendant la course, on l’oublie… Le temps de monter au cerveau et de redescendre au bout des doigts et des jambes, le cheval est déjà loin et la course perdue. Dans l’urgence, ce sont les réflexes qui assurent, pas la pensée.

• Les balances
Rentrant du tour à pied, vient le temps du vestiaire. Pour le jockey, un moment qui n’appartient qu’à lui. A l’abri des regards il prend son temps pour préparer sa monte. Ses affaires de course, ses selles sont déjà prêtes, apportées dans ses bagages en province ou préparées avec soin par les valets sur les grands hippodromes. Il lui reste à revêtir ses habits de lumière, casaques chatoyantes, pantalons breeches blancs immaculés et bottes étincelantes pour que, la selle sous le bras, il puisse faire constater par les juges la justesse de son poids, selle et masse de poids comprises. Selon les normes fixées par les conditions de course, les meilleurs chevaux du lot portent le maximum, les femelles sont avantagées de 3 livres, les apprentis d’une 1/2 à 5 livres.
Toutes ces conditions, les jockeys les connaissent par coeur. C’est donc le bon moment pour eux de repenser à leur parcours et d’afficher un sourire rassurant pour le parieur en mal d’informations. La pesée, c’est déjà un moment important. En l’absence momentanée des chevaux, ce sont les jockeys les vedettes : ils se doivent de rendre l’événement joyeux, n’en déplaise aux moroses : le show commence ici !

• Le rond de présentation et les ordres
Après un nouveau passage au vestiaire, après avoir confié son matériel à son entraineur pour seller, le jockey va se rendre au rond de présentation pour retrouver sa monture et son propriétaire, chaperonnés par l’entraineur : encore un moment important, même très important, mais parfois négligé.
La rencontre avec les propriétaires (avec les écuries de groupe, ils sont de plus en plus nombreux au rond) se fait cordiale, mais surtout avec le sourire. Le sourire rassure et réjouit celui qui le reçoit mais aussi celui qui le donne – un bel échange dont on se souviendra plus tard.
L’entraineur donne ses ordres. Quel mot inapproprié pour une chose aussi simple ! L’homme avisé connait son cheval, son aptitude à la distance, à la corde, ses possibilités de vitesse, son accélération, ses limites, son goût ou sa méfiance pour ses semblables, sa façon de respirer – toutes les données qui vont renseigner le jockey sur la façon de monter sa course.
Dans la plupart des cas, il découvre sa monture à cet instant. Il n’a que quelques minutes pour la regarder se mouvoir autour du rond. Ce n’est pas le moment de plaisanter avec ses adversaires d’un instant. Au signal, il va falloir monter en selle et prendre les commandes.

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13 / La monte américaine
Bien avant les américains, l’armée française s’était convertie aux bienfaits du trot enlevé adopté vers la fin du 19ème siècle. Il avait permis aux militaires d’économiser les forces des chevaux et des cavaliers lors des déplacements des armées. On peut dire que cette suspension alternée amorçait pour le cheval l’allégement du poids un temps sur deux. Il y a bien des années, j’avais été témoin, des exploits d’un cavalier australien, fou des chevaux et célèbre encore aujourd’hui pour ses innovations dans les produits de soins vétérinaires ‘Kevin Bacon’. Je l’avais surnommé ‘l’australien volant’.
Dans le monde du concours hippique où j’assumais la rédaction en chef du journal ‘Cheval Magazine’, il détonnait avec bonheur sur un merveilleux petit poney australien (moins 1.60m). Il survolait véritablement les énormes obstacles des grands prix internationaux. Prenant appui sur ses étriers, il s’envolait dans la foulée d’appel au- dessus de son cheval, un peu comme Christophe Pieux le fit plus tard à Auteuil, pour ne redescendre qu’une fois que sa monture avait repris contact avec le sol. A ce moment je commençais à entrevoir l’importance du poids ressenti, mais j’étais très loin d’en avoir percé les secrets. La monte américaine importée par Cash Asmussen, après l’échec de son compatriote Tod Sloan venu monter en en France en 1900, est bien améliorée pendant son séjour, s’est donc répandue, à son exemple. Cash Asmussen, meilleur apprenti américain avait été appelé à Chantilly par mon célèbre homonyme François Boutin, lui le riche et moi le pauvre. Heureusement depuis je me suis fait un prénom et même un surnom. Pour l’argent on attend toujours, mais en retraite on s’habitue. Après quelques années difficiles, l’américain avait réussi à imposer sa monte en suspension haute, dite américaine. J’avais eu la chance de pouvoir le faire monter et de glaner avec lui quelques beaux lauriers. Mais surtout j’avais apprécié sa gentillesse, son fairplay et bien sûr sa monte. En équilibre sur les pouces, chaussé très court, ‘Cachou ‘ comme il me permettait de l’appeler, avait mis à profit la portance de l’air, sans bien en définir l’effet. Lui aussi semblait flotter dans l’air au gré du parcours. Très fairplay il me calmait d’une phrase lorsqu’il se faisait bousculer avec ma jument Snadraca. Usant dans ces moments – là de la 3ème personne à son égard : « Cash ne réclame pas contre un apprenti» mais ajoutait comme une autre de mes idole, Gary Moore « Merci pour cette monte Monsieur Boutin ». Après cela, comment ne pas admirer leur éducation et essayer de comprendre leurs petits plus. Comprendre cette monte par exemple que beaucoup de jockeys ont adopté même en obstacle comme Christophe Pieux et surtout Christophe Soumillon en plat, par exemple. C’est en revenant en camion d’une journée de courses à Mont- de- Marsan avec ‘Soumi’ que j’ai commencé à entrevoir l’importance de la ‘portance de l’air’. Entre deux critiques détaillées de sa prestation très moyenne de l’après- midi, j’ai pris conscience de l’existence de cette force et de son importance, tandis qu’il me parlait de sa lecture du livre d’Yves Saint Martin, livre que je venais de lui prêter. Il l’avait dévoré pendant le trajet de retour et m’en vantait les mérites; moi je m’intéressais aux mouvements de sa main. Il avait tout compris de la manière de monter à Longchamp et d’y triompher : « maintenant je sais comment monter pour gagner à Longchamp ». Le début, avant sa première victoire sur mon cheval Bruno à Maisons Lafitte un après -midi brumeux de novembre 1997, de la formidable ascension du petit rebelle belge au caractère bien trempé et à l’ambition démesurée mais tellement volontaire. A ce moment – là, sa performance de l’après –midi me conduisait plutôt à m’intéresser aux effets de l’air sur sa main, qu’à ses espérances. J’avais commencé à m’interroger sur l’existence de cette portance de l’air et son action sur un mobile en mouvement. Ce n’est que beaucoup plus tard que j’ai pu en déterminer les conséquences. Comme sur les ailes des avions, à l’extérieur du véhicule, la pression de l’air sur la main, varie en fonction de la vitesse du véhicule et surtout de l’angle d’attaque, traduit par l’inclinaison de la main. La paume tournée vers l’avant elle s’envole, elle pèse beaucoup moins, tournée vers l’arrière elle s’aplatit vers le sol : elle pèse plus lourd. Par beau temps le phénomène se produit à partir de 35 à 40 km/ h (vitesse de course au trot et de croisière au galop). Par temps humide, il faut atteindre les 50 km/h, vitesse difficile à cheval sur un sol détrempé ; en conséquence le phénomène semble très utile par temps sec, inutile par temps de pluie.
Quant à la hauteur sur la selle, la surface déployée par le corps ne variant pas, elle semble indépendantes de l’effet, puisque ce n’est pas l’air qui passe entre la selle et le bassin du cavalier qui s’avère porteur. Par contre, en changeant l’angle d’attaque, l’effet sur ce poids s’inverse ainsi que l’inclinaison de la paume en atteste. Dans les moments délicats, départs, virages, accélérations, remous dans le peloton, changements de jambes, il est indispensable de se rapprocher de sa selle pour confondre le plus possible son centre de gravité avec celui de sa monture, afin de réduire au minimum les effets des forces extérieures. En pliant les genoux vers l’avant, on donne du ‘liant’ à l’opération mais surtout on réduit l’effet de la résistance de l’air du cavalier, importante à chaque fois que le cheval allonge l’encolure pour assurer sa stabilité ou allonger ses foulées en laissant libre le passage de l’air contre le jockey. En abaissant le bassin plus que la tête, on n’inverse pas l’angle d’attaque et la portance de l’air continue son action positive. En abaissant plus la tête que le bassin on obtient l’inverse, un effet négatif. Pour compléter le tout, les mains fixes posées de part et d’autres de la base de l’encolure, et les coudes serrés le long du corps permettent la fixité de la main, qui soutient la bouche du cheval bien posé sur ses rênes. La main fixe évite de choquer les dents du cheval avec un mors agité sans précaution. Le secret d’un cheval détendu et équilibré mais tonique, prêt à bondir à la demande de son cavalier : l’efficacité allié à la beauté du geste.
Un dernier point sur l’étrange mode des pieds posés sur la tranche des étriers que certains ont adopté relève de dons de fil-de-fériste et sans doute aussi de l’idée de ne pas rester le pied coincé dans l’étrier: cela influe sur la stabilité de la position.
Ne pas confondre équitation et acrobatie, l’efficacité à cheval a besoin d’équilibre plus que de déséquilibre. Peu de cavaliers ont des dons d’acrobates, la plupart doivent travailler dur pour acquérir leur équilibre à cheval.
Le travail permet de peut -être atteindre les sommets, et c’est par les nombreux entrainements répétés que les réflexes accumulés permettront l’excellence dans la compétition.

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