LES CHRONIQUES DE JiJi

jj boutin

14 / La course et ses différentes séquences

II Mise en selle, canter d’essai et boites

La mise en selle
« A cheval » les mots résonnent encore, que déjà l’entraineur d’une poussée met son jockey à cheval. C’est encore un moment primordial. Pour beaucoup, il est devenu banal.
Pourtant c’est dans cet instant que le cheval va admettre ou non son cavalier comme guide référant, le chef de troupeau en somme, ou même ‘Le pilote dans l’avion’ à qui on doit faire confiance sans se poser de questions.
A sa façon de se positionner sur la selle, de prendre ses rênes, de placer ses jambes et de lui communiquer ses ordres, en une fraction de seconde, le cheval lui accorde ou non sa confiance.
Il sera bien temps, après le canter d’essai de vérifier ses sangles, ses étriers, ou même faire un nœud à ses rênes. A ce propos on peut se demander l’intérêt d’avoir en course de plat, des rênes aussi longues pour en réduire immédiatement la longueur avec un nœud qui ne sera défait qu’une fois le cheval dessellé.
La peur d’avoir le pied coincé dans le flot des rênes en est sans doute la raison. En course d’obstacles et en équitation de sport une telle longueur de rênes permet la liberté d’encolure dans les cas difficiles, et un nœud aux rênes l’empêcherait.
Aujourd’hui les rênes de courses de plat ne servent qu’à cet usage unique, réduire leur longueur pour éviter la peine et surtout le temps de faire un nœud me semble des plus raisonnables.
Accompagné vers la piste par son lad, le cheval commence par comprendre ce qui l’attend.
Attentif, ou parfois nerveux, le jockey en a déjà pris les commandes en montant; l’entrée en piste n’est donc pas encore l’aventure. Avec l’aide du lad jockey tout se passe pour le mieux.

Le Canter d’essai
Le galop d’essai ou canter porte bien son nom, le jockey a quelques brefs instants pour faire la connaissance de sa monture.
Partir au petit galop va lui permettre de tester le niveau de dressage de son cheval: réagit-il au « Oh,oh » prononcé avec douceur, au buste reculé du jockey faisant porter son poids vers l’arrière main, à la caresse de la main, à l’ appel de langue ou à un léger coup de cravache sur l’encolure. Accélère-t-il éperdument ou se ramasse t’il sous lui en abaissant les hanches, prêt à bondir ou bien reste il sourd à toutes sollicitations?
Autant d’indications qui seront bien utiles pendant la course, où tout se joue en une fraction de seconde. En se dirigeant au pas tranquillement vers les boites, et en attendant son tour d’y rentrer, c’est tout cela qu’il faut enregistrer en respirant à pleins poumons pour emmagasiner le maximum d’oxygène nécessaire aux 2 minutes intenses de la course. 4 à 5 respirations à fond pour vider et remplir les poumons d’air frais sont nécessaires, c’est aussi le moment de vérifier ses étrivières, ses sangles et éventuellement faire un nœud aux rênes. Le stress provoqué par la rentrée dans les boites s’estompe et le cheval le ressent. Laissons le faire, un départ fulgurant c’est dans ses gênes.

L’entrée dans les boites
Les hommes des boites, tireurs et pousseurs entrent en action.
Le cheval détendu les suit sans contrainte, d’autres plus inquiets se confient à leurs soins.
Bien posé sur sa selle, le jockey attend confiant. Il rassure et prépare son cheval tout en respirant à fond pour chasser le stress et mettre en confiance sa monture qui connait la suite. Les pieds biens posés sur ses étriers, les rênes légèrement détendues, un doigt dans le collier ou une poignée de crins dans la main. Sans contrainte pour la bouche : intense moment.
Seuls les jockeys très confirmés peuvent tendre leur cheval dans les boites, sortir en souplesse et se relever tout de suite sans sprinter pour prendre leur place.
Pour les autres les rênes détendues, rester assis quelques foulées, sans accélérer en allongeant la foulée, se permettant même un appel de langue, c’est l’assurance d’un spectacle prenant qui va faire vibrer le public.

La sortie des boites
Les portes s’ouvrent, les chevaux jaillissent. A peine sortis des boites, il faut prendre sa place.
Une dizaine de foulée en allongement maximum sans sprinter, les rênes longues, les fesses encore près de la selle pour ne pas changer l’équilibre cheval – cavalier pendant la recherche de sa place. Et c’est l’accalmie avant un nouveau changement de rythme.
Plusieurs entraineurs guignent les places près de la tête au grand dam des jockeys.
Celles – ci semblent les meilleures, bien protégés des forces extérieures par le rempart des autres concurrents. Mais elles sont difficiles à occuper car beaucoup les convoitent.
La zone aveugle entre les deux yeux (les yeux du cheval sont situés sur le côté de la tête et balaient 340°mais laisse 20 ° au centre non voyant) calée dans la queue du précédant assure la sérénité de leur parcours. Reste au jockey à entretenir la vigilance de sa monture pour l’avoir constamment devant lui: en éveil, les oreilles bien droites, à l’écoute des ordres à venir.
Pendant les deux minutes de la course il doit rester tonique, les muscles en alerte, prêt à bondir au moindre signal et à résister à toutes les forces extérieures mais en plus bien posé tranquillement sur la main. A son cavalier de le maintenir en alerte pendant que les autres essaient de choisir leur place en restant en ligne les 200 premiers mètres sous peine de sanctions des commissaires. L’expérience du jockey assure le reste. La place à la corde intervient surtout si le tournant est proche du départ. .

Une fois sa place prise, l’important c’est d’économiser l’énergie tout en gardant ce rang, donc allonger la foulée en cas de besoin pour couvrir plus de terrain avec le même effort. C’est primordial.
La première ligne droite avalée, comme le seront les autres dans le parcours, le cheval bien en équilibre, les conditions sont réunies pour bien aborder les virages.

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14 / La course et ses différentes séquences

Mes chroniques précédentes s’adressaient surtout à ceux qui s’intéressent aux chevaux de course et leurs motivations. Maintenant que vous les avez lues, oubliez les et rangez les dans les tiroirs de la mémoire. Elles en ressortiront aux moments voulus, mais n’altéreront pas la faculté d’apprendre.
Les prochaines s’adressent surtout à ceux qui veulent apprendre pour savoir. Savoir pour monter, savoir pour juger et même savoir pour regarder le spectacle sur l’hippodrome ou à la télévision d’un oeil curieux et même critique.

• Reconnaissance du parcours, balances et rond de présentation
Maintenant que nous allons pénétrer dans le coeur des opérations, oubliez tout pour apprendre les phases essentielles.
La course, pour le cheval, c’est l’instinct retrouvé, l’appel intact de ses origines, un moment de vraie liberté. Terminée la sécurité du boxe, terminées les contraintes de l’entrainement, enfin le retour aux sources !
Avec l’aide de son jockey, collaborateur d’un instant, il va s’exprimer dans le troupeau de son enfance retrouvée. Même si, avec l’habitude, il devine peu à peu que les prédateurs ne sont plus de la partie, il continuera de s’en méfier et son galop reprendra dès la sortie des boites, avec pour seul guide un jockey qui l’aura rassuré. Comme un passager résolument confiant dans le pilote lors d’un voyage en avion.
Comme le spectateur, comme le parieur, comme le jockey, comme les commissaires, laissons notre intelligence de côté un moment, pour apprécier sans réserve ces instants magiques…

• Le tour à pied
Pour le jockey, tout commence avec la reconnaissance du parcours.
S’il peut encore arriver sur place de bonne heure, avec toutes ces réunions qui s’entrecroisent, il lui faut faire le tour à pied. Le citadin qu’il est devenu a besoin de ressentir la terre sous ses pieds. Le toucher pédestre, le profil de la piste, lui en apprendra bien plus que l’indice du pénétromètre qui mesure l’état du terrain par endroits. Même s’il connait les lieux, chaque jour, chaque saison, chaque réunion apportent leurs changements. Au moment de la sortie sur la piste, il saura déjà où il ne faut pas passer, les endroits difficiles il faudra se rabaisser sur la selle pour minimiser les efforts pervers (terrain et forces extérieures), les trous, les endroits hachés – tout ce qu’il saura indiquer à sa monture, au moment précis et non au hasard de l’instant. Et surtout lui permettre de fonctionner au réflexe. La pensée pendant la course, on l’oublie… Le temps de monter au cerveau et de redescendre au bout des doigts et des jambes, le cheval est déjà loin et la course perdue. Dans l’urgence, ce sont les réflexes qui assurent, pas la pensée.

• Les balances
Rentrant du tour à pied, vient le temps du vestiaire. Pour le jockey, un moment qui n’appartient qu’à lui. A l’abri des regards il prend son temps pour préparer sa monte. Ses affaires de course, ses selles sont déjà prêtes, apportées dans ses bagages en province ou préparées avec soin par les valets sur les grands hippodromes. Il lui reste à revêtir ses habits de lumière, casaques chatoyantes, pantalons breeches blancs immaculés et bottes étincelantes pour que, la selle sous le bras, il puisse faire constater par les juges la justesse de son poids, selle et masse de poids comprises. Selon les normes fixées par les conditions de course, les meilleurs chevaux du lot portent le maximum, les femelles sont avantagées de 3 livres, les apprentis d’une 1/2 à 5 livres.
Toutes ces conditions, les jockeys les connaissent par coeur. C’est donc le bon moment pour eux de repenser à leur parcours et d’afficher un sourire rassurant pour le parieur en mal d’informations. La pesée, c’est déjà un moment important. En l’absence momentanée des chevaux, ce sont les jockeys les vedettes : ils se doivent de rendre l’événement joyeux, n’en déplaise aux moroses : le show commence ici !

• Le rond de présentation et les ordres
Après un nouveau passage au vestiaire, après avoir confié son matériel à son entraineur pour seller, le jockey va se rendre au rond de présentation pour retrouver sa monture et son propriétaire, chaperonnés par l’entraineur : encore un moment important, même très important, mais parfois négligé.
La rencontre avec les propriétaires (avec les écuries de groupe, ils sont de plus en plus nombreux au rond) se fait cordiale, mais surtout avec le sourire. Le sourire rassure et réjouit celui qui le reçoit mais aussi celui qui le donne – un bel échange dont on se souviendra plus tard.
L’entraineur donne ses ordres. Quel mot inapproprié pour une chose aussi simple ! L’homme avisé connait son cheval, son aptitude à la distance, à la corde, ses possibilités de vitesse, son accélération, ses limites, son goût ou sa méfiance pour ses semblables, sa façon de respirer – toutes les données qui vont renseigner le jockey sur la façon de monter sa course.
Dans la plupart des cas, il découvre sa monture à cet instant. Il n’a que quelques minutes pour la regarder se mouvoir autour du rond. Ce n’est pas le moment de plaisanter avec ses adversaires d’un instant. Au signal, il va falloir monter en selle et prendre les commandes.

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jj boutin

13 / La monte américaine
Bien avant les américains, l’armée française s’était convertie aux bienfaits du trot enlevé adopté vers la fin du 19ème siècle. Il avait permis aux militaires d’économiser les forces des chevaux et des cavaliers lors des déplacements des armées. On peut dire que cette suspension alternée amorçait pour le cheval l’allégement du poids un temps sur deux. Il y a bien des années, j’avais été témoin, des exploits d’un cavalier australien, fou des chevaux et célèbre encore aujourd’hui pour ses innovations dans les produits de soins vétérinaires ‘Kevin Bacon’. Je l’avais surnommé ‘l’australien volant’.
Dans le monde du concours hippique où j’assumais la rédaction en chef du journal ‘Cheval Magazine’, il détonnait avec bonheur sur un merveilleux petit poney australien (moins 1.60m). Il survolait véritablement les énormes obstacles des grands prix internationaux. Prenant appui sur ses étriers, il s’envolait dans la foulée d’appel au- dessus de son cheval, un peu comme Christophe Pieux le fit plus tard à Auteuil, pour ne redescendre qu’une fois que sa monture avait repris contact avec le sol. A ce moment je commençais à entrevoir l’importance du poids ressenti, mais j’étais très loin d’en avoir percé les secrets. La monte américaine importée par Cash Asmussen, après l’échec de son compatriote Tod Sloan venu monter en en France en 1900, est bien améliorée pendant son séjour, s’est donc répandue, à son exemple. Cash Asmussen, meilleur apprenti américain avait été appelé à Chantilly par mon célèbre homonyme François Boutin, lui le riche et moi le pauvre. Heureusement depuis je me suis fait un prénom et même un surnom. Pour l’argent on attend toujours, mais en retraite on s’habitue. Après quelques années difficiles, l’américain avait réussi à imposer sa monte en suspension haute, dite américaine. J’avais eu la chance de pouvoir le faire monter et de glaner avec lui quelques beaux lauriers. Mais surtout j’avais apprécié sa gentillesse, son fairplay et bien sûr sa monte. En équilibre sur les pouces, chaussé très court, ‘Cachou ‘ comme il me permettait de l’appeler, avait mis à profit la portance de l’air, sans bien en définir l’effet. Lui aussi semblait flotter dans l’air au gré du parcours. Très fairplay il me calmait d’une phrase lorsqu’il se faisait bousculer avec ma jument Snadraca. Usant dans ces moments – là de la 3ème personne à son égard : « Cash ne réclame pas contre un apprenti» mais ajoutait comme une autre de mes idole, Gary Moore « Merci pour cette monte Monsieur Boutin ». Après cela, comment ne pas admirer leur éducation et essayer de comprendre leurs petits plus. Comprendre cette monte par exemple que beaucoup de jockeys ont adopté même en obstacle comme Christophe Pieux et surtout Christophe Soumillon en plat, par exemple. C’est en revenant en camion d’une journée de courses à Mont- de- Marsan avec ‘Soumi’ que j’ai commencé à entrevoir l’importance de la ‘portance de l’air’. Entre deux critiques détaillées de sa prestation très moyenne de l’après- midi, j’ai pris conscience de l’existence de cette force et de son importance, tandis qu’il me parlait de sa lecture du livre d’Yves Saint Martin, livre que je venais de lui prêter. Il l’avait dévoré pendant le trajet de retour et m’en vantait les mérites; moi je m’intéressais aux mouvements de sa main. Il avait tout compris de la manière de monter à Longchamp et d’y triompher : « maintenant je sais comment monter pour gagner à Longchamp ». Le début, avant sa première victoire sur mon cheval Bruno à Maisons Lafitte un après -midi brumeux de novembre 1997, de la formidable ascension du petit rebelle belge au caractère bien trempé et à l’ambition démesurée mais tellement volontaire. A ce moment – là, sa performance de l’après –midi me conduisait plutôt à m’intéresser aux effets de l’air sur sa main, qu’à ses espérances. J’avais commencé à m’interroger sur l’existence de cette portance de l’air et son action sur un mobile en mouvement. Ce n’est que beaucoup plus tard que j’ai pu en déterminer les conséquences. Comme sur les ailes des avions, à l’extérieur du véhicule, la pression de l’air sur la main, varie en fonction de la vitesse du véhicule et surtout de l’angle d’attaque, traduit par l’inclinaison de la main. La paume tournée vers l’avant elle s’envole, elle pèse beaucoup moins, tournée vers l’arrière elle s’aplatit vers le sol : elle pèse plus lourd. Par beau temps le phénomène se produit à partir de 35 à 40 km/ h (vitesse de course au trot et de croisière au galop). Par temps humide, il faut atteindre les 50 km/h, vitesse difficile à cheval sur un sol détrempé ; en conséquence le phénomène semble très utile par temps sec, inutile par temps de pluie.
Quant à la hauteur sur la selle, la surface déployée par le corps ne variant pas, elle semble indépendantes de l’effet, puisque ce n’est pas l’air qui passe entre la selle et le bassin du cavalier qui s’avère porteur. Par contre, en changeant l’angle d’attaque, l’effet sur ce poids s’inverse ainsi que l’inclinaison de la paume en atteste. Dans les moments délicats, départs, virages, accélérations, remous dans le peloton, changements de jambes, il est indispensable de se rapprocher de sa selle pour confondre le plus possible son centre de gravité avec celui de sa monture, afin de réduire au minimum les effets des forces extérieures. En pliant les genoux vers l’avant, on donne du ‘liant’ à l’opération mais surtout on réduit l’effet de la résistance de l’air du cavalier, importante à chaque fois que le cheval allonge l’encolure pour assurer sa stabilité ou allonger ses foulées en laissant libre le passage de l’air contre le jockey. En abaissant le bassin plus que la tête, on n’inverse pas l’angle d’attaque et la portance de l’air continue son action positive. En abaissant plus la tête que le bassin on obtient l’inverse, un effet négatif. Pour compléter le tout, les mains fixes posées de part et d’autres de la base de l’encolure, et les coudes serrés le long du corps permettent la fixité de la main, qui soutient la bouche du cheval bien posé sur ses rênes. La main fixe évite de choquer les dents du cheval avec un mors agité sans précaution. Le secret d’un cheval détendu et équilibré mais tonique, prêt à bondir à la demande de son cavalier : l’efficacité allié à la beauté du geste.
Un dernier point sur l’étrange mode des pieds posés sur la tranche des étriers que certains ont adopté relève de dons de fil-de-fériste et sans doute aussi de l’idée de ne pas rester le pied coincé dans l’étrier: cela influe sur la stabilité de la position.
Ne pas confondre équitation et acrobatie, l’efficacité à cheval a besoin d’équilibre plus que de déséquilibre. Peu de cavaliers ont des dons d’acrobates, la plupart doivent travailler dur pour acquérir leur équilibre à cheval.
Le travail permet de peut -être atteindre les sommets, et c’est par les nombreux entrainements répétés que les réflexes accumulés permettront l’excellence dans la compétition.

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jj boutin

11/ Les erreurs qui font frémir.

J’espère que mes premières chroniques vous ont permis de pénétrer l’univers du cheval de course et de mieux comprendre ses réactions face aux différentes situations. Il est temps maintenant d’étudier l’action des jockeys qui amènent à la victoire mais aussi à des prestations moins glorieuses.
En équitation de course, la télévision a été d’une aide formidable pour se regarder et corriger ses défauts. Le problème c’est qu’il manque des points de référence pour s’en rendre compte, et aussi un coach pour progresser.
C’est la seule discipline hippique où le sportif se retrouve seul face à lui-même et à sa monture bien sûr. La télévision célèbre surtout les victoires, mais analyse peu les défaites.
France Galop n’a pas aidé à la solution en multipliant les réunions de courses sans se soucier de la fatigue engendrée par les nombreux déplacements. Entre 2 réunions et les galops d’entrainements, il ne reste guère de temps aux jockeys pour analyser sérieusement leurs performances.
Quelques minutes de lecture consacrées à ces chroniques au cours de leurs périodes de repos devraient pouvoir les y aider. Même les plus titrés qui connaissent bien sûr toutes ces notions et les appliquent, pourront trouver dans ses lignes quelques rappels utiles à leur réflexion, loin de l’effervescence de la compétition : moment intense où seul l’utilisation des réflexes doit être la principale exigence.
Même les meilleurs du top 20 peuvent oublier quelques règles essentielles qui régissent le déroulement de leurs parcours.
Pour les autres, il m’apparait indispensable à leur sécurité et à leur recherche de progression, d’y consacrer un peu de leur temps. Pendant des années, les professionnels, et même le public à dû se contenter d’explications succinctes après une performance décevante de leur favori.
Dans les pelotons, tout se passait à l’abri des regards et même les commissaires, seuls garants du bon déroulement des courses devaient se suffire des explications des jockeys, pour interpréter une situation problématique.
Une paire de jumelles ne donnait qu’une vue très partielle du suivi des parcours.
Et puis l’ère du tout télévision a tout changé. Cela a transformé la vision des choses, mettant en lumière le moindre incident, la moindre bizarrerie mais aussi le manque de méthodologie qui règne dans le peloton au cours de toutes les phases de la course. Aujourd’hui nous allons voir tout cela en détail.

Les départs
Passer d’un départ avec une starting-gate (assemblage de rubans élastiques sur des supports qui s’élevaient brutalement pour donner le signal ) à celui lancé par les boites actuelles ne s’est pas fait sans apprentissage, aussi bien pour les chevaux que pour les hommes.
Pendant des années on a vu le rictus de certains chevaux s’élançant, bloqués par la main brutale du cavalier en déséquilibre, au risque de leur massacrer bon nombre de dents, mais aussi quelques vertèbres lombaires.

Les virages
La cinquième épaisseur en sprintant dans un virage est bien sûr à pleurer. Mais aussi je ne compte plus aussi les fois où j’ai vu prendre des virages sans aucune précaution, et même je dirais à l’encontre de toutes les lois physiques et mécaniques qui régissent ce moment-là: en bon terrain cela ne provoque pas ou peu d’incidents, mais peut se transformer en drame en cas d’erreur de composition du sol ou de grosses intempéries. Les glissades qui en découlent peuvent être mortelles. Je me souviens d’une époque où le tournant corde à droite de Maisons – Lafitte a « tourné » au cauchemar. Très en dévers je crois me souvenir, (inclinaison inversée vers l’extérieur) il était devenu la hantise des jockeys.
Au lieu d’allonger la foulée à l’abord du virage rendu glissant par les intempéries, ils reprenaient leur monture. Comme en automobile l’effet était immédiat: dérapages des postérieurs des chevaux suivis le plus souvent d’une glissade, entrainant parfois une ou plusieurs chutes. La panique du peloton se soldant par l’arrêt de la réunion.
C’est cet événement qui a commencé à se produire dernièrement à Marseille – Borély entrainant l’ arrêt de la réunion et fermeture provisoire de la piste.
Des solutions appartiennent aux sociétés organisatrices, mais aussi aux jockeys qui doivent apprendre à gérer ses moments difficiles dans leur façon de négocier les tournants mais aussi en envoyant des représentants visiter régulièrement les hippodromes en question:
Dans un prochain chapitre on abordera les effets de la répartition du poids du cavalier sur le cheval et l’attaque d’un virage sur le bon pied.

La ligne droite finale
En sortie du dernier virage, il y à la ligne droite finale. Trop souvent les chevaux nez au vent dans le virage, se rabattent rapidement après l’effort du tournant derrière les autres: le meilleur moyen pour écœurer sa monture qui y perd son moral se croyant comme dans la nature la proie possible du prédateur.
Seule l’expérience peut donner au jockey la science de l’instant le plus propice pour attaquer. Choisir le bon moment c’est l’apanage des bons jockeys expérimentés, mais là encore, beaucoup présument de leur force. Si un cheval peut sprinter un maximum de 400 m, peu de jockeys peuvent prétendre pousser un cheval plus de 300 m sans s’exténuer, perdre la cadence ou s’effondrer dans leur selle en tapant « le cul dans la selle » au grand dam du dos de leur monture, joignant l’inesthétisme au manque d’efficacité.
Ma célèbre formule « tendre et attendre » qui m’a valu bien des plaisanteries dans les vestiaires restera toujours d’actualité.
Dans cette phase, on voit de plus en plus de jockeys oublier l’essentiel avant d’attaquer le sprint: cadencer son cheval pour préparer l’accélération, en retendant ses rênes – donner même un léger coup de whip sur la croupe pour abaisser les hanches (emmagasiner l’énergie cinétique et réduire la foulée), puis lancer son cheval dans un sprint qui se terminera par un allongement maximum. Au lieu de cela, à peine sortis du dernier virage encore en déséquilibre, les chevaux sont précipités brutalement vers le poteau d’arrivée, le plus souvent sur les épaules et sans le moindre répit pour s’y préparer .
Reste pour certains, d’intempestives reprises de rênes dans les 200 derniers mètres qui réduisent les foulées au lieu de les allonger. Sans parler des « mains baladeuses » qui manient les rênes comme des guides de cocher, laissant quelques dents sur le tapis verdoyant.
Au cours des prochaines rubriques nous détaillerons par le menu les différentes phases d’une monte efficace mais aussi esthétique. Tout ce qui permettra de mieux comprendre et d’apprécier le spectacle des courses plates, ainsi que toutes les phases qui devraient en magnifier la beauté.

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jj boutin

10 / Les aides du cavalier ou « science sans conscience n’est que ruine de l’âme. »

Le sujet est délicat, car à notre époque où le cheval est devenu synonyme de loisirs, abandonnant peu à peu son rôle de nourriture, de guerrier, de moyen de communication ou de bête de somme, le regard des néophytes se trouve souvent confronté à des réalités qui peuvent l’émouvoir sans toutefois en comprendre le sens. Un cavalier communique avec le cheval par l’équilibre de son corps, mais aussi avec ses mains, ses jambes et différentes aides. Les jockeys ne font pas exception.
Les mains ont une grande importance puisqu’elles contrôlent le cheval par l’intermédiaire de la bride. Une bonne main, celle qui se veut d’un contact agréable avec la bouche du cheval, sera la plus fixe possible, avec des rênes tendues mais souples, afin d’aider le cheval a soutenir son encolure et sa tête: ensemble qui pèse environ 70 kgs. et dont le déplacement vertical conditionne l’équilibre du cheval.
Le levier que représente l’encolure, modifie le poids de la tête en fonction de son inclinaison : cela change la répartition des masses, la tension des rênes ayant une grande influence pour aider le cheval à conserver son équilibre lors de sa course.
Dans une arrivée, posées à la base de l’encolure, les mains du jockey suivent son mouvement en s’efforçant de l’amplifier tout en prenant garde de ne pas en perturber la cadence.
Les gesticulations que l’on peut voir dans beaucoup d’arrivées, gênent plus le cheval qu’elles ne l’encouragent à donner son maximum.
Les mouvements intempestifs du mors sur les dents sont très perturbants. Dans l’idéal, les mains coordonnent le mouvement de la bouche du cheval avec celles du cavalier pour que les deux ne fassent plus qu’un: moment magique qui reproduit le rêve de « centaure » sommeillant en tout homme. Image que l’on a beaucoup de mal à retrouver dans les arrivées actuelles, surtout dans les vues transmises par les caméras de télévision qui amplifient les détails. Cela explique peut-être la désaffection, de plus en plus réelle, d’un public amoureux des belles images. Un mauvais film, une mauvaise pièce, ne durent jamais très longtemps. Les spectateurs s’en détournent rapidement.
Depuis l’apparition en France de la monte américaine parfois mal comprise, le spectacle s’en ressent. Oubliée la monte épurée d’un Yves Saint Martin.

La Cravache
Pour prolonger le rôle de la main, il y a très longtemps, on a inventé la cravache.
Afin d’éviter de relancer toute polémique sur son usage dévoyée et la mauvaise image, d’arme ou d’instrument sado – masochiste qui en résulte, je lui préfère le mot anglais de « Whip ». Les anglicismes sont si souvent utilisés dans le monde du cheval …Alors pourquoi pas?
A l’origine, sa fonction est de prolonger la main, pour effleurer avec légèreté l’emplacement de certains passages nerveux protégés par le rempart d’un cuir solide: à la base de l’encolure ou sur la croupe, endroit utilisé tous les cochers du monde depuis les débuts de l’ère équestre. S’en servir comme arme est, et doit rester du domaine des tortionnaires et des sadiques. Le public ne peut, ni se réjouir ni tolérer de voir avancer un cheval sous la douleur. Ce n’est pas en comptant les coups mais en apprenant à se servir d’une cravache que l’on retrouvera l’utilité du geste.
Autrement elle n’aura pas sa place sur un hippodrome. L’utilisation du whip aux endroits sensibles, comme dit la publicité pour l’alcool se conçoit « avec modération ». Mais on ne peut transformer un jockey en comptable. Lors d’une arrivée, ce sont des réflexes acquis qui interviennent. Ceux-ci ne fonctionnent pas simultanément avec la pensée; il faut donc choisir le mode de sanction et interpréter le geste, ne pas se contenter de compter: la vraie mission d’un commissaire averti, capable de juger les coupables de débordements sur le champ.
Le geste doit rester ferme mais en douceur; la force n’a pas lieu de s’y inviter. Pas de coups en levant le bras au-dessus de l’épaule, pas de coups de côté. L’épaule et la cuisse sont les moteurs de la locomotion: zones à proscrire. De toute façon, un impact à ces endroits perturbe instantanément la cadence indispensable à la performance en course. Les flancs; zones d’attaque des meutes en quête de proies : interdites, elles aussi. Reste la base de l’encolure et la croupe. Atteindre par l’intermédiaire du « whip » l’emplacement des nerfs situés de part et d’autre de la base de la queue du cheval, permet de rééquilibrer le cheval par un abaissement des hanches, indispensable dans le parcours avant l’allongement maximum requis pour disputer une arrivée victorieuse. Un usage que le grand Lester Piggott avait poussé au maximum. Du temps où cela était possible il avait la plus grande du peloton. La cravache bien sûr ! Cet usage évite l’accumulation de fatigue sur les membres antérieurs, cause fréquente des claquages. Rythmer la cadence des foulées à la base de l’encolure là, où passe le nerf pneumogastrique dont nous verrons le rôle un peu plus loin, reste la seconde manière de l’utiliser. Deux seules façons d’envisager l’usage d’une cravache ou plutôt d’un whip. Certains estiment que l’on devrait s’en passer au nom du respect dû aux animaux. Ce serait possible, mais c’est oublier qu’elle a aussi et surtout un rôle préventif. Dans un peloton hétéroclite, sujet à de nombreux écarts et ralentissements très périlleux pour l’ensemble, le seul appui d’une cravache sur l’épaule ou les flancs, permet d’assurer la sécurité de chacun. Se passer de cette aide, ne manquerait pas d’entrainer de nombreux incidents dans les pelotons fournis rendant les courses beaucoup plus dangereuses, causant même de graves accidents aux jockeys mais aussi aux chevaux que l’on aurait voulu protéger.

Les jambes
L’autre aide très importante du cavalier sont les jambes. On imagine qu’avec une position très haute sur des étriers très courts, l’action des jambes n’a pas beaucoup d’effets. La pression s’exerçant à l’aplomb du garrot, au niveau des premières côtes peu sensibles et non pas comme en équitation sportive, plus bas sur les flancs, derrière la sangle, endroits plus souples et sensibles. C’est ignorer, là encore, l’innervation de cette région. A cet endroit, passe le trajet des nerfs pneumogastriques évoqués plus haut. Chaussé court, les talons sont à leur contact. Ces nerfs régulent plusieurs fonctions: contractions et relâchement de muscles moteurs, transmission des influx nerveux responsables du fonctionnement de nombreux organes comme le pharynx, le larynx, les poumons mais aussi le coeur. Une pression à leur niveau provoque leur mise en action. Selon le dictionnaire « Tourner les talons » en français, ne veut pas dire faire demi- tour, mais bien « prendre la fuite ». Dans un parcours, en écartant les pointes de pieds vers l’extérieur, cela fait pivoter ou  » tourner les talons » on s’aperçoit que son cheval se rassemble et fuse vers l’avant sans brutalité. On retrouve donc ici l’origine de cette expression « prendre la fuite » venue de l’instinct naturel du cheval qui le pousse à faire la course.

Autres aides
Peu de jockeys utilisent les autres aides en course, mais elles sont pourtant très importantes.
Le « collier » que je qualifie de « rechappe »; à l’utilité souvent raillée par les jockeys endurcis, est très utile à l’occasion des départs pour épargner la bouche et le dos de sa monture , mais surtout indispensable en cas de bris de mors ou de rêne pouvant entrainer une chute probable et la zizanie dans le peloton. Un cheval en liberté en sens inverse des autres, peut provoquer des catastrophes.
L’appel de langue, reproduction du bruit d’un branchage brisé par le poids d’un prédateur en chasse derrière le troupeau, déclenche dans la nature la fuite instantanée de celui-ci. Ce bruit reproduit par le cavalier a le don de provoquer la mise en avant immédiate de sa monture. Le moyen le plus simple pour avoir sa monture « devant soi », seule possibilité du cavalier d’avoir la totale maitrise de son partenaire. Le plus souvent, un bruit que les autres jockeys apprécient peu et même pas du tout en course: q’ un cheval soit plus motivé par l’extérieur que par son jockey, cela perturbe. De même, l’utiliser pour inciter un cheval à rentrer dans les boites peut provoquer une panique immédiate: à éviter si l’on veut conserver des amis.
En ajoutant la position du cavalier et ses différents changements d’équilibre, ce dont nous reparlerons dans d’autres chroniques, nous avons ici les données qui permettent au jockey, d’avoir la maîtrise du parcours de son cheval, au sein du peloton.

JiJi

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