LES CHRONIQUES DE JiJi

jj boutin

10 / Les aides du cavalier ou « science sans conscience n’est que ruine de l’âme. »

Le sujet est délicat, car à notre époque où le cheval est devenu synonyme de loisirs, abandonnant peu à peu son rôle de nourriture, de guerrier, de moyen de communication ou de bête de somme, le regard des néophytes se trouve souvent confronté à des réalités qui peuvent l’émouvoir sans toutefois en comprendre le sens. Un cavalier communique avec le cheval par l’équilibre de son corps, mais aussi avec ses mains, ses jambes et différentes aides. Les jockeys ne font pas exception.
Les mains ont une grande importance puisqu’elles contrôlent le cheval par l’intermédiaire de la bride. Une bonne main, celle qui se veut d’un contact agréable avec la bouche du cheval, sera la plus fixe possible, avec des rênes tendues mais souples, afin d’aider le cheval a soutenir son encolure et sa tête: ensemble qui pèse environ 70 kgs. et dont le déplacement vertical conditionne l’équilibre du cheval.
Le levier que représente l’encolure, modifie le poids de la tête en fonction de son inclinaison : cela change la répartition des masses, la tension des rênes ayant une grande influence pour aider le cheval à conserver son équilibre lors de sa course.
Dans une arrivée, posées à la base de l’encolure, les mains du jockey suivent son mouvement en s’efforçant de l’amplifier tout en prenant garde de ne pas en perturber la cadence.
Les gesticulations que l’on peut voir dans beaucoup d’arrivées, gênent plus le cheval qu’elles ne l’encouragent à donner son maximum.
Les mouvements intempestifs du mors sur les dents sont très perturbants. Dans l’idéal, les mains coordonnent le mouvement de la bouche du cheval avec celles du cavalier pour que les deux ne fassent plus qu’un: moment magique qui reproduit le rêve de « centaure » sommeillant en tout homme. Image que l’on a beaucoup de mal à retrouver dans les arrivées actuelles, surtout dans les vues transmises par les caméras de télévision qui amplifient les détails. Cela explique peut-être la désaffection, de plus en plus réelle, d’un public amoureux des belles images. Un mauvais film, une mauvaise pièce, ne durent jamais très longtemps. Les spectateurs s’en détournent rapidement.
Depuis l’apparition en France de la monte américaine parfois mal comprise, le spectacle s’en ressent. Oubliée la monte épurée d’un Yves Saint Martin.

La Cravache
Pour prolonger le rôle de la main, il y a très longtemps, on a inventé la cravache.
Afin d’éviter de relancer toute polémique sur son usage dévoyée et la mauvaise image, d’arme ou d’instrument sado – masochiste qui en résulte, je lui préfère le mot anglais de « Whip ». Les anglicismes sont si souvent utilisés dans le monde du cheval …Alors pourquoi pas?
A l’origine, sa fonction est de prolonger la main, pour effleurer avec légèreté l’emplacement de certains passages nerveux protégés par le rempart d’un cuir solide: à la base de l’encolure ou sur la croupe, endroit utilisé tous les cochers du monde depuis les débuts de l’ère équestre. S’en servir comme arme est, et doit rester du domaine des tortionnaires et des sadiques. Le public ne peut, ni se réjouir ni tolérer de voir avancer un cheval sous la douleur. Ce n’est pas en comptant les coups mais en apprenant à se servir d’une cravache que l’on retrouvera l’utilité du geste.
Autrement elle n’aura pas sa place sur un hippodrome. L’utilisation du whip aux endroits sensibles, comme dit la publicité pour l’alcool se conçoit « avec modération ». Mais on ne peut transformer un jockey en comptable. Lors d’une arrivée, ce sont des réflexes acquis qui interviennent. Ceux-ci ne fonctionnent pas simultanément avec la pensée; il faut donc choisir le mode de sanction et interpréter le geste, ne pas se contenter de compter: la vraie mission d’un commissaire averti, capable de juger les coupables de débordements sur le champ.
Le geste doit rester ferme mais en douceur; la force n’a pas lieu de s’y inviter. Pas de coups en levant le bras au-dessus de l’épaule, pas de coups de côté. L’épaule et la cuisse sont les moteurs de la locomotion: zones à proscrire. De toute façon, un impact à ces endroits perturbe instantanément la cadence indispensable à la performance en course. Les flancs; zones d’attaque des meutes en quête de proies : interdites, elles aussi. Reste la base de l’encolure et la croupe. Atteindre par l’intermédiaire du « whip » l’emplacement des nerfs situés de part et d’autre de la base de la queue du cheval, permet de rééquilibrer le cheval par un abaissement des hanches, indispensable dans le parcours avant l’allongement maximum requis pour disputer une arrivée victorieuse. Un usage que le grand Lester Piggott avait poussé au maximum. Du temps où cela était possible il avait la plus grande du peloton. La cravache bien sûr ! Cet usage évite l’accumulation de fatigue sur les membres antérieurs, cause fréquente des claquages. Rythmer la cadence des foulées à la base de l’encolure là, où passe le nerf pneumogastrique dont nous verrons le rôle un peu plus loin, reste la seconde manière de l’utiliser. Deux seules façons d’envisager l’usage d’une cravache ou plutôt d’un whip. Certains estiment que l’on devrait s’en passer au nom du respect dû aux animaux. Ce serait possible, mais c’est oublier qu’elle a aussi et surtout un rôle préventif. Dans un peloton hétéroclite, sujet à de nombreux écarts et ralentissements très périlleux pour l’ensemble, le seul appui d’une cravache sur l’épaule ou les flancs, permet d’assurer la sécurité de chacun. Se passer de cette aide, ne manquerait pas d’entrainer de nombreux incidents dans les pelotons fournis rendant les courses beaucoup plus dangereuses, causant même de graves accidents aux jockeys mais aussi aux chevaux que l’on aurait voulu protéger.

Les jambes
L’autre aide très importante du cavalier sont les jambes. On imagine qu’avec une position très haute sur des étriers très courts, l’action des jambes n’a pas beaucoup d’effets. La pression s’exerçant à l’aplomb du garrot, au niveau des premières côtes peu sensibles et non pas comme en équitation sportive, plus bas sur les flancs, derrière la sangle, endroits plus souples et sensibles. C’est ignorer, là encore, l’innervation de cette région. A cet endroit, passe le trajet des nerfs pneumogastriques évoqués plus haut. Chaussé court, les talons sont à leur contact. Ces nerfs régulent plusieurs fonctions: contractions et relâchement de muscles moteurs, transmission des influx nerveux responsables du fonctionnement de nombreux organes comme le pharynx, le larynx, les poumons mais aussi le coeur. Une pression à leur niveau provoque leur mise en action. Selon le dictionnaire « Tourner les talons » en français, ne veut pas dire faire demi- tour, mais bien « prendre la fuite ». Dans un parcours, en écartant les pointes de pieds vers l’extérieur, cela fait pivoter ou  » tourner les talons » on s’aperçoit que son cheval se rassemble et fuse vers l’avant sans brutalité. On retrouve donc ici l’origine de cette expression « prendre la fuite » venue de l’instinct naturel du cheval qui le pousse à faire la course.

Autres aides
Peu de jockeys utilisent les autres aides en course, mais elles sont pourtant très importantes.
Le « collier » que je qualifie de « rechappe »; à l’utilité souvent raillée par les jockeys endurcis, est très utile à l’occasion des départs pour épargner la bouche et le dos de sa monture , mais surtout indispensable en cas de bris de mors ou de rêne pouvant entrainer une chute probable et la zizanie dans le peloton. Un cheval en liberté en sens inverse des autres, peut provoquer des catastrophes.
L’appel de langue, reproduction du bruit d’un branchage brisé par le poids d’un prédateur en chasse derrière le troupeau, déclenche dans la nature la fuite instantanée de celui-ci. Ce bruit reproduit par le cavalier a le don de provoquer la mise en avant immédiate de sa monture. Le moyen le plus simple pour avoir sa monture « devant soi », seule possibilité du cavalier d’avoir la totale maitrise de son partenaire. Le plus souvent, un bruit que les autres jockeys apprécient peu et même pas du tout en course: q’ un cheval soit plus motivé par l’extérieur que par son jockey, cela perturbe. De même, l’utiliser pour inciter un cheval à rentrer dans les boites peut provoquer une panique immédiate: à éviter si l’on veut conserver des amis.
En ajoutant la position du cavalier et ses différents changements d’équilibre, ce dont nous reparlerons dans d’autres chroniques, nous avons ici les données qui permettent au jockey, d’avoir la maîtrise du parcours de son cheval, au sein du peloton.

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9 / LA CHUTE : Comment s’y préparer pour éviter qu’un incident se transforme en accident

Pour la plupart des futurs jockeys l’aventure commence à leur entrée dans une école de l’AFASEC.
L’AFASEC de création relativement récente puisque cette institution a vu le jour en 1987 avec pour mission d’assurer la formation des salariés des écuries de courses.
L’initiation au métier de jockey venant ou non beaucoup plus tard, mais elle n’est pas la vocation première des 5 écoles de l’AFASEC. En fait contrairement, aux idées reçues, ce n’est pas une école de jockey. Ce n’en n’est qu’une des composantes. Former un jockey, ce sera le rôle de l’entraineur chez lequel le ou la jeune apprenti(e) sera affecté. L’AFASEC en alternance avec l’entraineur assurant une approche du cheval et une mise en selle déjà bien tardive à l’aube d’une seizième année: âge tardif où beaucoup de réflexes ont déjà pris leur place.
D’où le plus grand intérêt d’avoir rencontré les chevaux, bien des années auparavant comme les proches du milieu du cheval ou les amateurs, qui peuvent maintenant devenir jockey sans passer par l’apprentissage.
L’AFASEC se préoccupe aussi de l’esprit de l’élève « un esprit sain dans un corps sain », de son éducation culturelle, de l’hippologie ajoutant des notions de diététique en rapport avec le poids, mais semble peu orientée vers l’étude réactionnelle du cheval.
Le salut dans la fuite, la peur du prédateur, son comportement devant les principaux dangers devraient conduire à une étude beaucoup plus poussée, pour aboutir à une véritable connaissance du cheval et des dangers de sa pratique.
La problématique engendrée par la chute et les différentes façons de la minimiser ne semble pas l’essentiel de leur préoccupation si ce n’est d’en souligner les dangers et exacerber les peurs.
Apprendre à tomber reste primordial dans la pratique de l’équitation quel qu’elle soit, et doit être enregistrée, dès les premiers pas dans cette profession, au plus profond des réflexes du cavalier.
C’est la première étape indispensable de la formation équestre.
Les données pour la course sont simples: la chute peut se produire à n’importe quel moment.
Comme je l’ai dit dans une précédente chronique à laquelle on peut se reporter « mécanique et physique » pour faire simple elle est due à la sortie du centre de gravité des limites du polygone de sustentation.
Du cavalier pour la simple chute ou de l’ensemble « cheval- cavalier » dans la chute du couple, plus la vitesse sera grande au moment du choc, plus le traumatisme sera important.
On sait maintenant grâce aux travaux de la sécurité routière qu’à partir de 50 km / h les conséquences peuvent être mortelles pour un être humain: la vitesse moyenne d’une course de chevaux. Casques et gilets maintenant obligatoires ne sont pas suffisants pour les chocs frontaux et pallier aux éclatements d’organes.
Il faut donc préparer le corps à minorer l’impact avec le sol, mal préparée la chute en course devient très dangereuse.
Elle démarre a 1,50 à 2 m de hauteur et va s’accélérera l’approche du sol souvent très dur.
Il est indispensable, même si il y a un obstacle pour le stopper brutalement, d’apprendre à rouler, de même lors d’une chute cheval – cavalier.
Dans ce dernier cas, contrairement aux idées reçues, il faut essayer de ne quitter son cheval qu’après sa chute, lorsqu’il aura encaissé le choc aggravé par l’énergie cinétique. Mieux vaut encore rouler avec lui.
Comme en voiture aujourd’hui, s’éjecter n’est pas sans danger important. Le casque et le gilet atténueront les chocs. Pour un cavalier, et surtout un jockey qui revendique le statut de sportif de haut niveau, la préparation à la chute est primordiale. Pendant ses dernières années on a orienté les apprentis vers le judo sans tenir compte de la vitesse et de la hauteur initiale de la chute. On oublie la pratique du cheval d’arçon obligeant à rentre la tête pour tourner en l’air suivi d’un saut périlleux pour se retrouver sur ses pieds ou sur ses fesses, les muscles toniques, contractés et souples mais surtout pas relâchés. Ce sont les soutiens de tout le squelette.
Aujourd’hui on parle dans les écoles, de démonstrations de cascadeurs.
Mais le bon cascadeur prépare sa chute et pense à chaque phase de celle-ci sans rien laisser au hasard, sinon c’est l’accident.
Pour le jockey, futur ou confirmé, préoccupé par les kilos, la priorité reste son élasticité musculaire, à travailler sans augmentation de poids. Sa pratique de la chute à moindre mal, il va la trouver à la piscine où il peut s’exercer sur le plongeoir à des sauts périlleux, juste en rentrant la tête dans les épaules automatiquement.
Mais aussi et surtout avec les trampolines que l’on peut trouver maintenant partout ou acheter à moindre coût.
10 à 20 minutes de pratique par jour restent la préparation idéale au réflexe d’abaissement du menton entrainant celui de la rotation salvatrice de la tête et du corps.
De plus excellent pour le souffle, le cœur et la musculation sans prise de poids.
Une seule précaution, surtout pour les jeunes filles: penser à contracter les muscles du périnée à chaque rebond pour éviter les futures descentes d’organes, précaution qui n’est pas inutiles non plus pour les jeunes gens en prévision de leurs ennuis de prostate l’âge venu.
Fort de ces réflexions on pourra aborder maintenant le déroulement de la course, en pensant que l’idéal reste d’éviter les chutes au maximum.
Pour cela, un seul mot d’ordre que nous aborderons lors d’une de nos prochaines chronique « Avoir son cheval devant soi » Pourquoi, comment et avec quels résultats?

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8/ INDISPENSABLE JOCKEY….

Comme nous l’avons vu au cours de mes précédentes chroniques, la course, pour assurer leur survie, est dans les gènes des chevaux. Elle est sujette à de nombreux paramètres extérieurs, mais le principal reste, bien sûr, le salut dans la fuite par crainte des prédateurs. Pour cela, ils se sont organisés en groupes homogènes, ce qui les a rendu totalement indépendants. L’arrivée de l’homme dans leur histoire n’a pas fondamentalement changé ce comportement, puisqu’à chaque génération, il faut non pas les domestiquer mais les habituer à de nouvelles règles de vie.
Règles qu’ils acceptent le plus souvent de bonne grâce, malgré quelques moments parfois délicats.

De nourriture privilégiée, car très nourrissante, agréable de goût et facile à chasser, le cheval a assuré l’essor de l’espèce humaine à ses débuts. Au cours des âges, il est devenu tour à tour le principal allié du développement et la cause du déclin des différentes civilisations. Les égyptiens, les grecs, les romains, parmi tant d’autres ont tous été confrontés à un moment de leur histoire à des cavaleries qui ont contribuées soit à leur succès, soit à leur perte.Plus près de nous, Napoléon lui même en a subi l’influence , particulièrement pendant la campagne de Russie .
Heureusement, le cheval a aussi contribué à la communication et aux déplacements plus rapides. Il a servi de modèle à tous les transports modernes, laissant son empreinte dans de nombreuses appellations : cheval vapeur, chevaux fiscaux par exemple.
Avec l’époque moderne est venue le temps des cavaliers de sport et de l’équitation de plaisir.
L’homme a mis très longtemps avant de monter sur un cheval. Les écrits anciens racontent que 3000 ans s’étaient écoulés entre atteler et monter l’animal ; c’est dire les appréhensions de l’homme à le chevaucher. A Rome, le fameux Néron avait imaginé des courses sans cavalier. Les chevaux en liberté dans le stade étaient « motivés » par des boules aux pointes acérées accrochées aux flans, qui les affolaient : déjà la première déviation des « aides » utilisées, comme la cravache chez les sados- masochistes . L’idée des courses sans cavaliers se retrouve avec les dromadaires des Etats du Golfe où l’action du jockey a été remplacée par la rotation d’un stick animé par un moteur de tournebroche posé sur le dos de l’animal, évitant ainsi le poids du cavalier.
Le sport hippique est devenu plus structuré. Aujourd’hui, les jockeys sont essentiels au bon déroulement d’une course. Du départ à l’arrivée, ils vont diriger les chevaux, tempérer les ardeurs, faire prendre la bonne place de chacun dans le groupe, équilibrer l’ensemble cheval-cavalier et aussi lancer le sprint au bon moment en accélérant. Seul le jockey connait l’emplacement de l’arrivée. Ce n’est pas par hasard que les grands hippodromes ont plusieurs poteaux d’arrivée : cela évite la routine qui pourrait s’installer. Le cheval sait très vite ce que l’on attend de lui. Il n’agit pas seulement sous l’emprise des réflexes. Le jockey devra motiver son cheval lorsque celui ci va commencer à comprendre qu’il n’y a pas de prédateur sur la piste. Plus le cheval participe à des courses, plus son mental évolue. Le fougueux poulain de ses débuts va se transformer petit à petit au cours de ses sorties en un adulte conscient. La principale justification des paris sur les courses « amélioration de la race chevaline » trouve ici ses limites. Pour conserver le caractère spontané de la course et ses motivations naturelles, les sorties des jeunes chevaux sont forcément limitées à quelques apparitions à deux et trois ans. C’est la filière dite « classique » avec passage obligé par les courses préparatoires et les grands classiques : Jockey Club, Prix de Diane, Arc de Triomphe. Le moyen de sélectionner les plus performants de leur génération. Pour ces derniers,à l’entrainement, le travail consistera surtout à donner de la force à leurs muscles et leurs tendons et à améliorer leurs systèmes respiratoire et cardiaque. En course, le travail du jockey sera de les piloter en les aidant à montrer leur aptitude à triompher, en respectant le plus possible leur véritable nature. Sans doute, la raison pour laquelle on fait rarement appel à des jockeys en devenir dans les fameuses courses de groupe, filière des futurs reproducteurs. On leur préfère les jockeys confirmés.
Dans le monde de l’élevage, il semble qu’on dédaigne la transmission des caractères acquis. Ces caractéristiques se développent pourtant dans les courses pour chevaux d’âge. Course après course, il est de plus en plus difficile au moment de l’effort final de faire appel à leurs seuls sens de survie et instinct de fuite.
« L’effet prédateur » ne semble plus fonctionner que dans des moments d’extrême émotion ou d’efforts intenses, moments où la pensée est inutile. Dans les temps forts de la course, les jockeys doivent être aussi des cavaliers capables de donner les ordres qu’attendent leur monture. Bon départ, prendre la place qu’il affectionne dans le groupe, allongement de la foulée pour atteindre la bonne vitesse et augmenter sa stabilité dans les virages, en équilibre sur le bon pied (jambe intérieure du cheval), le retendre pour préparer le sprint final en le rassemblant sous lui. Sprinter en accélérant la cadence à 3 – 400 mètres du poteau final, pour finir en allongement maximal. Sans oublier, comme l’indique le code des courses, de pousser jusqu’au poteau sous peine de sanction mais surtout pour garder le moral du cheval pour la suite de sa carrière. Se déconcentrer avant les autres dans un moment d’extrême effort le ramène à son instinct. Abandonner la lutte sans combattre lui rappelle que la victime du prédateur, ce sera lui. Après plusieurs échecs de ce type, il rentre dans un processus de défaite qui l’entraine inexorablement vers la mort .Il perd ainsi l’envie de la lutte et son moral décline . Doubler un concurrent et caresser l’encolure en passant le poteau semble le meilleur moyen de le rassurer, meilleur moyen aussi de rassurer les esprits chagrins sur l’amour du cheval au sein du monde du cheval. N’étant pas le dernier, il ne sera pas mangé et fera honneur à sa mangeoire en rentrant le soir à l’écurie. C’est Alain Lequeux grand jockey s’il en est, qui avait attiré mon attention sur ce comportement. Parfois il descendait d’un cheval non placé et me disait amicalement : « Tu vas voir, la prochaine fois, il va gagner ! « . De là, sa réputation de roublard. Mais en étudiant de plus près sa façon de faire, j’ai vite compris qu’en n’abandonnant pas son cheval avant le poteau, il confortait son moral pour la course suivante. Même si Alain ne le savait pas c’était le comportement d’un véritable homme de cheval.
C’est de ces techniques qui doivent être mises en oeuvre pour parvenir à effectuer un bon parcours et si possible gagner dont je vous parlerai au cours de nos prochains rendez-vous…

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7/Mécanique, Physique, Dynamique, des notions indispensables mais compliquées

Avant d’aborder, enfin, la technique de la monte spécifique à la course de plat, il nous reste encore un point à étudier: celui des lois qui régissent l’équilibre de l’ensemble cheval-jockey.
Durant ce chapitre, il nous va falloir aborder des sujets assez complexes et pour lesquels je vais essayer d’être le plus clair possible, ce qui est loin d’être évident.

a) Polygone de sustentation
D’abord, le polygone de sustentation : c’est la zone délimitée sur la terre par les différents appuis du corps. Chez l’homme ce sont les pieds ,chez le cheval, ses 4 membres ou leur projection sur le sol, lorsque l’un ou l’autre de ceux-ci ne reposent pas ensemble sur le sol.

b) Mobile en translation
A l’arrêt, les 4 pieds sont au sol. En mouvement, ils se déplacent dans le sens de la marche. Le cheval se déplace dans le sens parallèle à son corps, comme une voiture sur la route. C’est ce qu’on appelle des mobiles en translation. En dehors de la pesanteur qui les entraîne à coller au sol, ils vont obéir à des forces spécifiques qui interviennent sur leur comportement et leur vitesse.
Cette mécanique a bien sûr inspiré l’homme. Sur son modèle, il a créé toutes les inventions destinées à se déplacer : bicyclette, moto, voiture et même train : tous sont régis par les mêmes règles et soumis aux mêmes forces intérieures et extérieures. Selon les lois de la Physique, les corps du cheval, de l’humain mais aussi les inventions indiquées plus haut, ne peuvent tenir en équilibre que si le centre de gravité se trouve à la verticale à l’intérieur de ce fameux polygone. Vous me suivez ? Sinon, relisez de nouveau ou bien oubliez tout et attendez les chroniques suivantes…

c) Le centre de gravité
Le centre de gravité de ce corps est le point de concentration des forces qui lui permettent de rester en équilibre. Si la projection de ce point central sort des limites de ce polygone, c’est la chute obligatoire. C’est le phénomène qui se produit inexorablement à chaque chute, particulièrement dans le duo cheval-jockey ou cavalier, surtout quand le centre de gravité du jockey se désolidarise de l’ensemble cheval-jockey.
Pour réussir l’accord parfait, le jockey doit s’efforcer de faire coïncider le plus possible son propre centre de gravité, avec celui du cheval pour ne faire plus qu’un.

d) Energie cinétique, pesanteur et forces extérieures
En ligne droite, le cheval, comme tout mobile en translation, va être sujet à l’énergie cinétique : énergie fournie par un corps lorsqu’il se déplace. Il est fonction de la vitesse et de sa masse (fameuse formule : E = 1/2mv2). C’est cette énergie cinétique qui va provoquer l’élan, élan qui va continuer à pousser le cheval vers l’avant, jusqu’à ce qu’il s’arrête.
La pesanteur elle, est la force qui est exercée par la terre sur un corps. Cette force est appelée poids et est directement reliée à la pesanteur par sa masse. En un mot la masse du jockey va se traduire par un poids donné qui va varier en fonction de l’endroit où elle va s’exercer. C’est au centre de gravité du cheval qu’elle sera la plus faible voire même nulle, à cet endroit le déplacement du moindre gramme interviendra sur l’équilibre du duo
Dans les virages, il existe deux sortes de forces qui s’opposent :
La force centrifuge qui pousse le mobile vers l’extérieur du virage,
La force centripète que l’on va produire pour résister à la force centrifuge et obliger le mobile à rester sur la trajectoire circulaire.

e) Aérodynamique
La monte américaine initiée en France par Cash Asmussen, tout en hauteur sur les étriers, ajoute des forces extérieures nouvelles, dont il faut aussi tenir compte : la résistance et la portance de l’air.
L’atmosphère terrestre génère une force physique que l’on appelle résistance de l’air ou trainée. Elle tend à freiner le mouvement pour l’annuler. Cette résistance à l’air augmente comme le carré de la vitesse. Plus on va vite, plus elle est importante. D’où l’intérêt, à pleine vitesse, d’avoir une position aérodynamique et un leader. Les courses cyclistes et automobiles l’ont bien compris. Cette résistance va jouer sur la vitesse et l’accélération.
La portance de l’air, comme la précédente à laquelle elle s’oppose, est proportionnelle au carré de la vitesse mais également à la voilure développée, à l’angle d’attaque et enfin à la masse de l’air plus ou moins chaud, plus ou moins humide. Elle va jouer sur le poids porté par le cheval en mouvement : maximum par temps chaud et sec, faible par temps humide ou pluvieux où l’on ne voir guère voler de planeurs…
C’est donc l’ensemble de ces facteurs qui s’opposent, qu’il nous faudra prendre en compte pour optimiser la position du jockey dans mes chroniques à suivre.

f) Allongement et accélération
Dernier point que j’ai beaucoup de mal à faire comprendre à mes jockeys, c’est la différence entre allongement et accélération. Au réflexe, ils savent changer de vitesse en voiture pour retrouver la puissance qui leur permet d’accélérer. A cheval, c’est beaucoup plus compliqué.
L’accélération est dévoratrice d’énergie, il faut donc l’économiser.
L’allongement de la foulée permet de garder une vitesse maximum constante avec un minimum d’efforts, d’où économie d’énergie :à privilégier!

Nous avons donc ici l’ensemble des données que j’ai pu rassembler au cours de ces années: la connaissance de celles – ci va nous permettre d’optimiser le rôle du jockey pendant toute la durée de la course et au public d’apprécier les performances de leurs favoris.

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6 / UN PEU D’HISTOIRE AVANT LE DEVENIR JOCKEY

On ne sait pas exactement quand commence les courses dans le monde, mais on sait que cela a débuté il y a bien longtemps et l’on situe les premières en 776 avant JC au programme des jeux olympiques suivi de la construction du premier hippodrome à Rome en 600 avant JC.
Pour ma part je n’y étais pas. C’est l’Angleterre qui donne la tonalité moderne avec Jacques 1er et l’hippodrome de Newmarket autour de 1600. C’est encore elle qui crée race du pur-sang anglais à partir de la fin du 18ème siècle début du 19ème, avec les 3 étalons arabes chef de race: Bierley Turk, Darley Arabian et Goldophin Arabian. Le dernier ayant été offert à Louis XV par le Bey de Tunis avec sept autres étalons.
Le souverain en bon français connaissant peu les chevaux s’en était débarrassé et c’est derrière une tonne à eau à Paris qu’un anglais l’avait repéré et ramené en Angleterre, où il fit carrière d’étalon.
En retard de près d’un siècle, les courses organisées sous Louis XIV ne prirent de véritable place que sous Louis XVI.
On situe le premier hippodrome français en Normandie, près de la ville d’Exmes, donc non loin de l’actuel Haras du Pin.
C’est au retour des émigrés avec Napoléon III et son demi-frère Morny, créateur de Longchamp en 1857 et plus tard de la station de Deauville, qu’elles trouvent leur véritable essor. Les premiers jockeys, ainsi nommés par l’anglicisation du vieux mot français « jacquet » signifiant valet, et les entraineurs, surtout des anglais firent leur apparition en France.
On peut noter aussi la prolifération des hippodromes dans les régions où l’occupation anglaise s’était manifestée, Aquitaine, Normandie, Bretagne. Les autres provinces en sont beaucoup plus pauvres.
Cela explique sans doute la méconnaissance et la désaffection de la majorité des français pour l’équitation de sport ou de course pendant des années. L’appel de la main d’œuvre anglaise pour développer les courses françaises à leur début, que ce soient des entraineurs, lads ou jockeys en montre bien la pénurie.
Cela explique aussi le déficit en écrits concernant la technique du déroulement des courses, sujet qui nous occupe dans ces chroniques.
Entre anglais et Français la compréhension a toujours été délicate.
Toujours est- il, que maintenant grâce au savoir des anglais nous avons nos propres personnels: entraîneurs, jockeys, lads qui sont de plus en plus nombreux français. La filière du galop s’est organisée. Même les femmes y trouvent une place presque prépondérante.
Après avoir été exclusivement aux mains des entraineurs, l’apprentissage des futurs personnels est maintenant devenu la chasse gardée de l’AFASEC. Les entraîneurs subissant les règles de cet organisme, c’est là le véritable problème de la formation.
Aujourd’hui l’apprentissage commence à 16 ans et donne priorité aux études, et qui dit étude en 2016, donne ‘priorité’ à la pensée. L’alternance est à prédominance études, plus que cheval.
La difficulté c’est qu’en matière d’équitation, ce sont les réflexes qui interviennent.
Les contacts privilégiés avec le cheval passent donc par ceux-ci.
Toutes les actions du cheval en sont la conséquence. En quelques secondes il passe à autre chose, d’où l’obligation pour le cavalier ou le soigneur d’agir très vite.
La réflexion n’est pas de mise pour une réaction adéquate.
Par la pensée par contre, on peut étudier, prévoir, apprendre et réfléchir à toutes les données de l’équitation.
Qui dit équitation doit penser d’abord ‘Equilibre’.
Chez le cheval comme chez l’humain l’équilibre reste le maître mot. Cela doit impérativement servir de guide aux cavaliers.
Grâce aux capteurs situés dans le cerveau, les yeux rivés sur la ligne d’horizon nous maintiennent en équilibre. La vraie difficulté de l’équitation consiste à transposer son équilibre sur la terre, à celui sur le cheval.
Il faut s’habituer à modifier sa ligne de mire personnelle depuis la hauteur du cheval.
Et ce instantanément, par réflexe.
Les réflexes qui s’installent plus facilement de très bonne heure, sont bien plus compliqués à acquérir en avançant en âge. A 16 ans, c’est déjà très tard, presque trop tard.
La grande majorité des jockeys d’aujourd’hui à fait connaissance bien plus tôt avec les chevaux.
La plupart était proches des professionnels du cheval: un parent le plus souvent. Pour les autres les courses de poneys ont commencé dès l’âge de 9 – 10 ans.
Entrer en contact avec les chevaux à 16 ans et devenir bon jockey relèvent d’une mission presque impossible.
C’est seulement en organisant des stages de poneys de course et des courses nombreuses que l’on pourra combler les déficits et amener de jeunes garçons et filles à avoir un véritable avenir dans les métiers du cheval: du lad au maréchal ferrant en passant par le garçon de voyage, le convoyeur, la secrétaire d’entrainement, les responsables de l’organisation des courses, dans les haras et bien d’autres postes où le cheval serait omni présent.
Avant d’aborder enfin la technique proprement dite de la course il nous reste à étudier au travers de « physique et mécanique du cheval », l’essentiel de ce qu’il faut savoir sur l’équilibre et sa locomotion, pour pouvoir progresser dans la connaissance de cette difficile discipline.

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